7WEEKS – Retour aux sources

Quoi de mieux pour sortir de sa zone de confort que de traverser la Manche afin de confronter sa musique aux oreilles expertes d’un Anglais ? C’est ce qu’a fait 7Weeks pour mettre en boîte “Going Back Home“, un EP de six titres qui va à l’essentiel. Julien Bernard, chanteur et bassiste du trio limougeaud, nous en dit plus sur cette escapade britannique ô combien enrichissante.

“Going Back Home“ évoque immédiatement l’idée d’un retour aux sources. Qu’est-ce que cette notion signifie pour 7Weeks aujourd’hui, et pourquoi était-ce le bon moment pour l’exprimer en musique ?
Julien Bernard (chant/basse) : Après la trilogie entamée avec “Sisyphus“ où nous avons laissé toutes les formes d’inspirations parcourir nos disques (morceaux, rock, folk, reprise, réarrangements avec des musiciens classiques, etc…), nous nous sommes dit que la boucle était terminée. Nous avions envie de laisser de côté cette propension à l’arrangement, au contre-point, pas que nous en avions assez, mais parce que nous estimions le chapitre clos. Les premières maquettes – dès le début 2024 – essayaient de pousser dans cette voie mais ça ne donnait rien. Nous avons donc décidé de nous recentrer sur l’écriture brute, de retrouver une forme d’immédiateté et, quand nous avons commencé à évoquer le fait de travailler avec un producteur, cela faisait sens : nous devions écrire de bonnes chansons sans nous soucier d’autres choses, car la personne chargée de produire le disque s’occuperait du reste.

Nous sortions de deux ans de tournée et nous avions capté où la force de notre power trio se situait, tout comme la pertinence pour un groupe organique et heavy d’avoir à assumer sur scène des arrangements fait pour le studio.

Le format EP vous a-t-il offert une liberté particulière ? Aviez-vous envie de raconter quelque chose de plus resserré qu’à travers un album complet ?
Pas vraiment… L’essentiel était d’avoir des morceaux en béton parce qu’un producteur du calibre d’Adrian, ça a un coût. Nous avons préféré nous concentrer sur peu de titres et tout verrouiller côté écriture et interprétation, car nous avions la pression et il fallait être à la hauteur. Le leitmotiv de base était d’écrire des power songs, sans parties progressives, et toutes taillées pour le live. Faisant généralement des albums de neuf ou deux morceaux, finalement six, c’est plutôt un mini album pour 7Weeks (sourire)… Le principal point est que les titres font tous trois minutes environ, format chanson. La dernière fois que nous avons fait cela, c’est sur notre premier EP en 2007 !

Vous avez confié la production de cet EP à Adrian Bushby, connu notamment pour son travail avec Foo Fighters et Muse. Comment avez-vous eu l’idée de travailler avec lui ?
Nous avions une liste de noms sur laquelle il était. On nous l’avait recommandé car il a travaillé avec des grosses pointures comme avec des groupes plus modestes. Et puis nous connaissions, sans vraiment le savoir, un grand nombre de ses productions. Nous l’avons contacté aussi parce que nous voulions sortir de France, casser les codes, voir les choses sous un autre point de vue. Enregistrer avec un Anglais dans son pays d’origine, c’était exactement le genre de contexte que nous cherchions. Quand nous l’avons contacté, il s’est montré hyper enthousiaste car, à notre grande surprise, il nous connaissait, avait beaucoup aimé notre dernier album et vu nos vidéos du Hellfest. Cela a fini d’entériner notre décision.

Qu’est-ce que son regard et/ou sa méthode de travail a apporté à 7Weeks et jusqu’où avez-vous accepté de laisser quelqu’un d’extérieur intervenir sur votre son ?
Dès le départ, la volonté était d’écrire des morceaux sous leur forme la plus simple, mais en allant vraiment le plus loin possible pour ensuite tout déléguer au producteur. Sur tous les autres disques de 7Weeks, j’avais un peu le rôle de « réal » : j’arrangeais les morceaux, jouais de la guitare en plus de de la basse, chantais. J’étais également présent au mixage et au mastering… Non pas parce que les gens avec qui nous bossions n’étaient pas compétents, bien au contraire, mais parce que nous avons toujours considéré l’enregistrement d’un disque comme une co-production. Pour “Going Back Home“, nous avons décidé de tout confier à une personne extérieure et n’être que musicien. Quelle que soit la méthode proposée par Adrian, nous aurions suivi sans hésitation. Il aurait été absurde de faire appel à lui pour ensuite essayer de transiger.

Avez-vous effectué un travail préparatoire avec lui avant de débarquer dans son studio ?
Oui, il a d’abord écouté les démos, puis est venu à Limoges pour nous rencontrer en personne et travailler sur les morceaux. Il a soulevé quelques points pour certains et, à chaque fois, c’étaient les endroits où nous savions que quelque chose n’était pas nickel, sans réussir à mettre le doigt dessus. Ses propositions rendaient le tout plus fluide.

Lorsque nous sommes arrivés au studio, nous avons vite compris que son but était de capturer l’essence du groupe de la manière la plus authentique possible, sans rien ajouter de superflu, mais en nous collant un gros son hyper bien produit. Adrian est assez peu intervenu sur nos sons respectifs, mais par contre il a, pour la première dans la discographie de 7Weeks, retranscrit sur disque la puissance du son telle que nous pouvons l’avoir en live.

L’EP a été enregistré entre Londres et Birmingham. Ces sessions britanniques ont-elles modifié votre manière de travailler ou votre perception de ce que devait être le son de 7Weeks ?
Cela nous a conforté dans l’approche que nous avons depuis quelques années et qui est d’aller à l’essentiel. Le son de 7Weeks, c’est celui qui est produit par trois personnes jouant dans une même pièce, tout simplement. Dans un monde qui tend à tout uniformiser, tout tracker, tout recaler, ça fait du bien de vivre ça. Nothin’ fancy but rock’n’roll.

Sur “Going Back Home“, on retrouve ce mélange entre le côté très heavy-rock de bon nombre de riffs et des mélodies très immédiates. Comment parvenez-vous, après dix réalisations, à conserver une fraîcheur dans cette approche sans avoir l’impression de vous répéter ?
La priorité est toujours d’avoir une mélodie qui tient la route. Je pense que l’évolution vient du fait que nous sélectionnons en priorité les morceaux où le chant donne la mélodie principale. Le gros travail est sur les textes et l’écriture du chant. Finalement, c’est relativement simple de proposer des riffs de guitare ou des structures de morceaux. Ce qui m’est difficile est de trouver le bon truc à la voix. Si on revient en arrière dans notre répertoire, les mélodies étaient plutôt crées par les contrepoints entre les instruments, la voix chantait souvent des mélodies basées sur la même note ou un ensemble de notes restreint, car, musicalement, ça bougeait beaucoup. Aujourd’hui, je passe plus de temps à écrire la mélodie de chant sur des riffs plus simples, ça va de paire avec le fait de vouloir épurer.

Vous avez choisi de sortir l’EP sur votre propre label, F2M Planet. Qu’est-ce que cette indépendance change concrètement dans votre façon de concevoir, produire et défendre un disque aujourd’hui ?
Nous avons sorti tous nos disques via F2M Planet. Le fait d’être indé vient d’une volonté d’aller à notre rythme, de pouvoir choisir ce que nous voulons faire et quand. En 2020 (durant la pandémie, ndr), nous aurions disparu si nous n’avions pas eu la latitude de rebondir avec “What’s Next?“, alors que tout le monde se morfondait. Pour “Going Back Home“, l’indépendance nous a permis de mettre les choses en place comme nous le souhaitions. Je ne suis pas sûr qu’un label nous aurait dit banco sur le fait d’aller en Angleterre avec Bushby, car il y aurait eu des intermédiaires, des coûts supplémentaires… ou alors le label aurait insisté pour que ça se fasse en France afin que le projet soit financièrement plus viable. En étant indé, nous pouvons faire des économies sur certaines dépenses et choisir d’investir sur d’autres points. Une structure qui a beaucoup d’artistes ne le ferait pas, 7Weeks n’est pas assez « bankable ». Dans la conception artistique c’est pareil : nous avons décidé de faire un EP sachant que certains gros médias n’en voudront pas, car ce n’est pas un album, alors que nous nous considérons que la communication du groupe se fera sur la tournée, par le bouche à oreille. C’est notre analyse actuelle spécifique pour 7Weeks.

Après plus de quinze ans d’existence, 7Weeks fonctionne désormais comme un groupe qui connaît parfaitement ses outils et le milieu dans lequel il évolue. Est-ce que cette expérience vous permet d’aller plus vite à l’essentiel ou, au contraire, vous pousse-t-elle à être plus exigeants ?
Nous devons toujours être plus exigeants, faire mieux que la fois d’avant. Aujourd’hui, le marché est tellement saturé de nouveautés que simplement exister et être identifié relève du tour de force pour un groupe comme le nôtre, qui est assez « classique » dans sa formule et sa communication. Après, cela ne conditionne pas l’artistique, nous mettons la même envie et exigence dans tous nos disques, nous avons juste plus d’expérience à chaque fois. Nous croyons en ce que nous avons toujours défendu : le songwriting, la scène, l’implication, plus que les postures pour les réseaux sociaux…

Mais l’expérience ne nous fait pas aller forcément plus vite. L’adaptation à un milieu qui évolue sans cesse,de plus en plus vite, et pas forcément dans un sens qui nous semble toujours cohérent, demande beaucoup d’analyse et de recul.

Après “Fade Into Blurred Lines“, puis “Going Back Home“, avez-vous le sentiment d’avoir ouvert un nouveau chapitre de l’histoire de 7Weeks, ou cet EP doit-il plutôt être considéré comme une parenthèse avant la prochaine étape ?
“Going Back Home“ marque une nouvelle ère, un retour aux sources après beaucoup d’expériences enrichissantes. Le but est d’enfoncer le clou avec un album complet la prochaine fois. Si nous le faisons, cela voudra dire que la tournée a bien fonctionné. Sinon, nous verrons bien… Ce n’est « que » de la musique et c’est déjà beaucoup.

Photo : © Jessica Calvo