Guitariste à l’inspiration divine et au jeu d’une rare subtilité qu’on peut entendre aux côtés de Jesse Sykes depuis plus de deux décennies, Phil Wandscher, injustement méconnu du grand public, revient sur les albums qui ont marqué sa vie d’auditeur comme de musicien.

THE WHO
Live at Leeds
L’album “Live at Leeds“ de The Who est l’une des plus incroyables performances rock jamais enregistrées et je suis toujours aussi impressionné par la précision, l’innovation et la puissance délivrée par ces quatre mecs. En grand passionné de radios classic-rock que j’étais, j’ai toujours apprécié leur musique. Mais quand j’ai écouté cet enregistrement, il a instantanément atterri sur le haut de ma pile de disques, celle qui contient les albums que je mets à fond en jouant de l’air guitar sur n’importe quelle chaîne stéréo qui me passe sous la main. Il est le témoin du talent exceptionnel des ingénieurs du son qui bossaient en analogique en Angleterre en cette époque bénie pour le rock’n’roll. La prise de son parfaite et équilibrée, réalisée par des ingénieurs au top grâce à du matériel mobile d’un autre temps, rend ce témoignage live incroyable à tous les niveaux. La reprise électrifiée du Young Man Blues de Mose Allison est un monument de hard-rock que nous n’entendrez nulle part ailleurs. Ce n’est pas une simple jam décousue. On y retrouve une véritable exploration du riff hard-rock et heavy-metal, le tout réalisé avec une maîtrise exceptionnelle de l’improvisation.

PINK FLOYD
The Dark Side of the Moon
Je me souviens avoir enregistré l’intégralité de l’album “The Dark Side of the Moon“ sur mon radio-cassette lors d’une émission nocturne alors que je devais avoir douze ans, au tout début des années 80. Ça m’a totalement renversé ! Je l’écoutais en boucle dans le noir, au casque, seul dans ma chambre, hypnotisé par les paysages sonores d’une beauté aussi étrange que surnaturelle créés par le groupe en studio. Cet album m’a profondément marqué à l’époque, tout comme le reste de la musique de Pink Floyd continue de le faire aujourd’hui. On y entend d’étranges bruits d’horloge, des guitares planantes, des paroles inoubliables et des performances vocales puissantes, le tout soutenu par ce rythme précis qui pose une atmosphère sublime, presque doom, comme si un nuage doré planait au-dessus d’un monde industriel composé d’imposantes machines. La puissance de ce disque vous frappe en plein visage. David Gilmour est un de mes guitaristes préférés, et ce qu’il a accompli sur “The Dark Side of the Moon“ en a fait un album intemporel qui continue de m’inspirer et de me faire ressentir à quel point la musique peut être renversante.

NIRVANA
Bleach
“Bleach“ est un album qui a définitivement changé ma vie. Quand j’étais au lycée, j’ai découvert les disques de mon frère, majoritairement composés des meilleurs albums de classic-rock. J’ai pu écouter des groupes comme The Cult et Guns N’ Roses, bien avant que MTV et la radio m’en donnent l’occasion. En 1991, alors que j’étais à la faculté de Raleigh, en Caroline du Nord, un disque venu de Seattle a atterri dans les lecteurs CD de mes potes : “Temple Of The Dog“. On ne savait rien sur ce groupe en dehors du fait qu’il vienne de Seattle. Il nous a tous marqués. Ce disque a ouvert la boîte de Pandore et nous avons plongé la tête la première dans la scène grunge qui se développait à l’autre bout du pays. The Screaming Trees, Soundgarden, Mudhoney et Nirvana sont devenus de véritables obsessions. “Bleach“ de Nirvana m’est resté en tête comme une colère tenace, un « Allez vous faire foutre ! » lancé à tous ceux qui se trouvaient à proximité ! Quelques années plus tard, alors que je vivais dans un appartement à Seattle, à deux pas du studio où Jack Endino l’avait enregistré, j’ouvrais ma porte de temps à autre et passais “Bleach“ à fond sur ma platine, en hommage à sa gloire supposée.

FUNKADELIC
Maggot Brain
Cet album de Funkadelic fait lui aussi partie de ceux qui ont changé ma vie. C’est un disque incroyable du début à la fin, qui fait fusionner le rock et la soul avec une fluidité parfaite. Tous les musiciens ayant fait partie de Funkadelic étaient des légendes et leur travail collectif a contribué à créer certaines des œuvres de soul psychédélique les plus novatrices qui soient. Le morceau Super Stupid est l’un de mes titres préférés pour faire la fête. Les guitares électriques envoient du lourd sur une rythmique de batterie percutante qui groove comme une machine parfaitement huilée, histoire de préparer le terrain pour que George Clinton puisse déployer sa voix bluesy avec une urgence qui me donne à chaque fois envie de sauter et de crier. Eddie Hazel est l’un des guitaristes les plus incroyables de tous les temps. L’album regorge de chansons qui résonnent fort et clair à travers un son de ghetto sous LSD, avec l’élégance de la soul et un sens du groove terriblement en place. Mon pseudo d’éditeur est « maggotbrainmusic ». C’est dire à quel point j’aime cet album et ressens encore l’impact qu’il a eu sur moi en tant qu’auditeur !

LED ZEPPELIN
Led Zeppelin I
Led Zeppelin… Que dire ? J’adore ce groupe et je l’aimerai toujours. Je sais qu’encore une fois, je ne parle que de vieilleries, mais voilà où j’en suis. J’aime Led Zeppelin ! Quelle incroyable discographie ! Un super groupe badass de rock légendaire. J’adhère totalement. Quand on me demande quels sont mes guitaristes préférés, je réponds : « N’importe quel Jimmy (Jimi) ! » Ce que Jimmy Page a accompli avec ce groupe sur disque continue de me faire halluciner. Communication Breakdown déboule dans votre casque avec l’énergie d’un train incontrôlable lancé sur les rails à toute vitesse. Guitare ravageuse, batterie percutante et chant hurlé ! C’est des chansons de rock les plus puissantes jamais composées. Good Times Bad Times, Your Time Is Gonna Come… Du début à la fin, c’est l’incarnation même du rock intemporel. Peu importe les critiques et les accusations de plagiat, je vénère ce groupe ! Ce premier album d’un des plus grands groupes de rock du monde continue aujourd’hui de me faire rouler à vive allure sur les autoroutes sombres et désertes.

