Deux ans à peine après son sublime “Anniversary“, la Canadienne la plus élégante de l’indie-folk revient avec un album dont la conception tient une place particulière dans sa vie personnelle. Mis en boîte du côté de Vancouver, “Shadow Child“ est un disque axé autour de la maternité qui, en toute logique, contient neuf chansons, une par mois de gestation. Un long format qui est à la fois le témoin du parcours houleux vécu par l’artiste avant de réussir à devenir mère et un lieu de partage sur lequel on retrouve d’autres voix venues lui prêter main forte. Ainsi, d’autres chanteuses, toutes mères et toutes Canadiennes, font leur apparition l’espace de magnifiques moments suspendus (Jill Barber sur Hazel, Frazey Ford sur Shadow Child, Pharis Romero sur How Long).
La voix de la chanteuse vient à nouveau se poser de manière douce et mélodique sur des chansons dépouillées au cours desquelles la guitare acoustique joue le rôle principal, là où l’artiste n’avait pas hésité à s’entourer d’une véritable groupe au complet pour son album précédent. Une douceur et une chaleur rassurantes vous enveloppent instantanément. La délicatesse de chaque arrangement (à l’image des discrets piano, violon et flûtes de Talking to Myself) se met au service de ce timbre si caractéristique, entre la fragilité de certains aigus et ces accents à peine éraillés dans le médium d’une chanteuse qui mérite bien plus que le succès d’estime qu’elle a pu connaître jusqu’alors avec d’autres de ses réalisations. Abigail Lapell est définitivement une grande dame de l’indie-folk.

