CHELSEA WOLFE – The Dark – (Loma Vista)

Avec “The Dark“, Chelsea Wolfe ne quitte pas vraiment les ténèbres. Elle change simplement de manière de les traverser. Pour son neuvième album studio, l’Américaine délaisse une partie des architectures industrielles et des nappes oppressantes de synthés de “She Reaches Out To She Reaches Out To She“ pour revenir à quelque chose de plus organique, pour ne pas dire charnel, de moins « rigide » d’une certaine manière. Guitares, piano, batterie et arrangements finement ciselés composent un folkrock résolument gothique où chaque nuance donne l’impression de s’immiscer encore un peu plus dans l’intimité de la chanteuse.

Pas question pour autant de ranger les machines au placard. Quelques discrètes intrusions électro prolongent les fantômes du disque précédent, tandis que la production de Jennifer Decilveo (Beth Ditto, Bat For Lashes, Rise Against…) et Ben Chisholm privilégie la profondeur plutôt que l’emphase. La voix de Wolfe, moins noyée dans les brumes, gagne en présence et en vulnérabilité, capable de passer du murmure spectral à l’incantation avec une facilité désarmante.

Et lorsque Turn The Key épaissit soudain la texture, le passé revient gratter à la porte : guitares plus lourdes et tension rampante sont de sortie. Mais “The Dark“ préfère généralement la suggestion à l’écrasement, avec cette mélancolie tenace comme fil d’Ariane, un sentiment qui résume parfaitement l’ensemble de la carrière de Chelsea Wolfe. Une mue plutôt qu’un retour aux sources, donc, où la beauté ne cherche plus à masquer la noirceur mais apprend à cohabiter avec elle.