CHELSEA WOLFE – She Reaches Out To She Reaches Out To She (Loma Vista)

Après la folk spectrale et l’intimité à vif de “Birth Of Violence“, Chelsea Wolfe replonge dans un univers sombre et sans concession. Chez elle, le romantisme ne flotte jamais très loin du précipice. Chaque pulsation, flirtant parfois avec un indus débarrassé de sa masculinité, devient une mécanique lascive, chaque nappe de distorsion une pellicule de goudron déposée sur les mélodies.

Chelsea Wolfe ne compose pas avec la lumière. Elle la filtre, l’étouffe jusqu’à n’en conserver qu’un éclat d’un noir abyssal. “She Reaches Out To She Reaches Out To She“ avance ainsi dans une brume saturée où les synthés et les arrangements électro/trip-hop rongent les contours, où les textures s’épaississent pour au final faire corps avec les chansons. Rien n’est gratuit dans cette débauche de matière. Le bruit enveloppe, la noirceur caresse, l’expérimentation se fait presque docile. Rien n’est facile non plus et le présent disque demandera un brin d’investissement pour l’adopter.

Il y a quelque chose d’étrangement somptueux dans cette manière de transformer la pesanteur en élégance. Grandiose sans jamais verser dans le spectaculaire, gothique sans folklore, viscéral sans exhibitionnisme. Chelsea Wolfe reste cette anomalie magnifique, une artiste capable de rendre le malaise désirable et la saturation presque luxueuse.