Au tout début des années 90, la carrière des frères Stahl — Pete (chant, guitare) et Franz (guitare) — bascule brutalement. Leur groupe Scream, pilier légendaire du hardcore de Washington D.C., se voit amputé de sa section rythmique : le bassiste claque la porte, et le batteur, un certain Dave Grohl, file chez Nirvana. Rideau sur une décennie d’activisme punk, mais pas sur l’envie de jouer. Les deux frangins repartent au front sous un nouveau nom, Wool, épaulés d’abord par le batteur Peter Moffett (Government Issue, futur Burning Airlines), remplacé ensuite – pour le présent disque – par Chris Bratton (Justice League, Drive Like Jehu…) et Al Bloch à la basse. Après une poignée de 7’’ et un EP, le quatuor accouche en 1994 de “Box Set“, son unique long format.
Le son, moins râpeux que sur les premiers enregistrements, s’aligne sur les standards d’un rock dit « alternatif » alors en pleine explosion. La production n’a rien de clinquant, mais elle respire mieux et se montre plus dense. Et surtout, les chansons tiennent la route : riffs en roue libre, énergie garage, et ce parfum de grunge trafiqué à la colle psyché. Bref, un disque qui aurait dû faire parler de lui. Mais en 1994, la concurrence est rude : le son de Seattle truste les ondes, Bush, Green Day et Weezer squattent les charts, et “Box Set“ passe entre les mailles du filet. Le label London Records lâche l’affaire. Wool aussi, laissant derrière lui quelques démos qui resteront dans un tiroir.
Franz Stahl rejoindra plus tard les Foo Fighters pour remplacer Pat Smear sur la tournée de “The Colour And The Shape“, bouclant la boucle d’une histoire parallèle au grand roman du rock des nineties. Reste “Box Set“, mine d’or méconnue et disque fantôme perdu dans le trop-plein de sorties de l’époque. Une relique injustement oubliée, à (re)découvrir sans délai — ne serait-ce que pour mesurer à quel point Wool méritait mieux qu’une certaine ignorance.

