Formé en 1991, Molly McGuire appartient à cette caste ingrate des groupes des années 90 dont l’histoire s’est écrite en marge, loin des projecteurs, malgré un potentiel artistique évident. À l’écoute de “Lime“, on continue de se demander comment le quatuor de Kansas City a pu passer entre les mailles du filet. Mauvais timing ? Manque de soutien d’un label incapable de défendre une musique trop rugueuse, trop émotionnelle, trop peu conciliable avec les formats radio de l’époque ? La réponse se perd dans les limbes de cette décennie aussi fertile qu’impitoyable. Reste un second disque magistral, paru en 1996, qui n’a rien perdu de sa force ni de sa pertinence.
Produit par Ken Andrews (Failure), “Lime“ est un album habité, traversé de tensions sourdes et d’explosions cathartiques, où le post-hardcore sert de colonne vertébrale à une musique bien plus vaste. Si l’on y perçoit des échos évidents à Failure ou Quicksand, Molly McGuire refuse le simple mimétisme et pousse plus loin l’exploration des atmosphères. Les morceaux s’étirent, se densifient, flirtent avec les climats oppressants chers à Tool, s’encanaillent parfois d’aspérités grunge ou plongent tête la première dans un chaos noise assumé. Le morceau final, long de presque onze minutes, en est l’exemple le plus frappant : un véritable passage à tabac sonore fascinant, qui laisse l’auditeur sur le carreau.
Huit ans plus tard, le groupe livrera un troisième et dernier long format, sobrement baptisé “III“, avant de disparaître définitivement des radars. Une fin discrète pour une formation qui n’aura jamais transigé avec son exigence artistique. Pour celles et ceux qui restent marqués par le timbre singulier et le jeu de guitare habité de Jason Blackmore, “Lime“ n’est cependant pas une impasse. On retrouve le frontman au sein de Sisters, duo qu’il forme avec Mario Quintero (Spotlights, probablement l’une des formations les plus inspirées du heavy shoegaze actuel). Après un premier EP en 2020, puis l’album “Leecheater“ en 2023, le duo a confirmé en 2025 avec le tout aussi excellent “Wings Of Deliverance“, disque aussi massif que subtil, fusion idéale des univers respectifs de ses protagonistes. Une filiation évidente, et une porte d’entrée contemporaine pour redécouvrir, enfin, l’héritage trop longtemps sous-estimé de Molly McGuire.

