Avec “Going Postal“, Mascara s’aventure sur une frontière instable où le shoegaze le plus cotonneux percute un sens du riff emprunté à Deftones (le côté métallique en moins). Sur le papier, le mélange aurait pu sentir la démonstration un peu scolaire. Dans les faits, le quintette français en fait immédiatement une identité sonore brute et singulière.
On pense forcément aux années 90 ou encore à d’autres formations plus récentes qui ont choisi la voix du heavy shoegaze (Narrow Head, Split Chain…). Mais Mascara évite soigneusement le piège de la citation, qu’elle soit nostalgique ou pas. Les références servent de carburant, pas de refuge. Le groupe regarde droit devant, injectant à ses morceaux une nervosité contemporaine qui fait toute la différence.
On aurait presque tendance à oublier que ce “Going Postal“ est un premier album, tant Mascara fait preuve d’une indéniable maîtrise. D’abord au niveau de la production, précise et judicieusement agencée. Les guitares montent en couches épaisses, puis se retirent soudainement pour laisser passer des mélodies fragiles, lumineuses, sans jamais sombrer une seule fois dans la mièvrerie. Là où tant de groupes shoegaze se complaisent – et parfois se perdent – dans une contemplation certes inhérente au style, Mascara choisit le mouvement et la tension. Ensuite dans la capacité du présent long format à être accrocheur sans perdre pour autant sa charge émotionnelle. Au final, la grande majorité des morceaux reste en tête pour différentes raisons : une tristesse sourde, une rage contenue, ce tiraillement constant entre douceur et violence qui irrigue tout l’album.
Dense sans être étouffant, solide sans perdre en finesse, “Going Postal“ prouve avec brio que Mascara n’est pas seulement une promesse de plus dans l’univers du heavy shoegaze hexagonal. Voilà un groupe à la personnalité déjà bien affirmée, capable de faire cohabiter dans un même album rage et mélancolie avec une rare justesse. Sacrément prometteur.

