NATURE MORTE – Still Life – (Frozen Records)

Avec “Still Life“, Nature Morte avance, tête baissée, dans ce clair-obscur qu’il façonne disque après disque, et signe ici un quatrième chapitre plus maîtrisé que jamais. Pas forcément une révolution complète, mais une montée en puissance nette et assumée, entre un black-metal exigeant et un shoegaze aux consonances quasi new-wave. La formule ne surprendra peut-être pas les fans de blackgaze / post-black (rayez la mention inutile), sauf qu’elle atteint cette fois un équilibre plutôt impressionnant dans le genre proposé et un point de tension où tout semble prêt à rompre.

“Still Life“ se vit autant qu’il s’écoute. Ce n’est pas le genre d’album dans lequel on picore à la volée des amuse-gueules comme dans un apéro entre amis. Si le côté vaporeux est omniprésent et adoucit parfois le propos, l’ensemble est à appréhender comme un bloc compact, traversé de fissures, où certains codes inhérents au black-metal (blast beats, chant guttural) s’écrasent contre des nappes mélancoliques sans qu’un camp ne prenne le dessus sur l’autre. Nature Morte joue sur ce fil, entre contrôle et débordement, avec une précision nouvelle. Et derrière ce patchwork de références (The Cure, Deafheaven, Hangman’s Chair, Alcest…), on sent une vraie construction, un souci du détail qui fait la différence.

Disgust et Liberty (T.G.I.F.) illustrent parfaitement cette recette : une tension constante, des déflagrations maîtrisées, et ces respirations inattendues qui évitent la saturation totale. Et puis il y a Blue, véritable contrepoint, qui surprend par sa fragilité et apporte une profondeur supplémentaire à l’ensemble. Un moment de répit, certes, mais qui n’a rien de gratuit.

Avec “Still Life“, Nature Morte s’approprie les codes du blackgaze avec suffisamment de personnalité pour sortir du lot. Un album sombre, intense, et surtout sans compromis, qui confirme que le trio parisien n’a toujours pas envie de jouer selon les règles. Tant mieux pour ceux et celles qui comprendront. Et tant pis pour les autres.