Il y a chez Russian Circles cette manière presque instinctive de ne jamais dévier de sa trajectoire tout en donnant l’impression de repartir de zéro à chaque album. Quatre ans après “Gnosis“, le trio de Chicago sort son neuvième chapitre, sobrement baptisé “Nine“, et prouve une nouvelle fois qu’il reste, sans aucun doute, l’un des plus fascinants et talentueux groupes de post-metal cinématographique actuel.
Une nouvelle fois épaulés par Kurt Ballou, les trois compères (Mike Sullivan, Brian Cook et Dave Turncrantz) sculptent des paysages sonores où la contemplation n’existe jamais sans la menace de l’effondrement. Tout est affaire de tensions, de reliefs, de clairs-obscurs. Les guitares dessinent des horizons immenses avant que la basse ne vienne en assombrir les contours et que la batterie ne provoque l’inévitable séisme. Chez Russian Circles, la puissance n’est jamais un simple argument de volume, elle est narrative et, pour ainsi dire, quasi physique.
Avec ses plus de huit minutes, Eluvial résume à lui seul cette science de l’équilibre. Véritable rollercoaster émotionnel, le morceau serpente entre motifs délicats, montées vertigineuses et déflagrations massives, sans jamais donner l’impression de forcer le trait. Le post-rock s’y dissout progressivement dans la force du post-metal, comme si deux plaques tectoniques finissaient par entrer en collision.
“Nine“ ne cherche donc pas spécialement à révolutionner la formule Russian Circles. Il la pousse plutôt vers une forme d’évidence absolue. Après plus de vingt ans d’existence, le trio n’a plus rien à prouver, sinon de continuer à perfectionner son langage. Et quand celui-ci atteint une telle intensité, une telle beauté à filer la chair de poule, les mots deviennent presque superflus. Tout simplement superbe.

