On pourrait chercher longtemps ce que Hiss a bien voulu laisser intact après avoir mis en boîte “A Cheapened Crown“. Pas grand-chose, à vrai dire. Le trio de Portland déboule sans prévenir avec un premier album, sans prendre de gants et surtout sans la moindre intention de rendre les lieux dans l’état où il les a trouvés. Le résultat est gras et abrasif, quelque part entre un sludge épais et chaotique, et un noise-rock qui préfère les angles saillants aux courbes rassurantes.
L’ombre de Whores. plane régulièrement au-dessus de l’ensemble (on notera aussi quelques similitudes dans certaines parties vocales avec David Yow, légendaire chanteur barré de The Jesus Lizard). Même goût pour les riffs obèses, les grooves qui avancent en traînant plusieurs tonnes de béton et cette épaisseur qui donne l’impression que les amplis agonisent en direct. Mais Hiss a suffisamment de jugeote pour ne pas reproduire à l’identique une formule éprouvée. Sous les couches de saturation crasseuse et autres larsens incontrôlés, les morceaux bougent, bifurquent et prennent le temps d’installer une tension autrement plus intéressante que le seul concours de décibels.
Car “A Cheapened Crown“ ne se contente pas de cogner. Il insiste, écrase, relâche un peu la pression avant de remettre un coup. Les guitares bavent, la basse (spéciale dédicace pour le son de celle-ci) menace de faire tomber les murs et les voix semblent avoir été enregistrées depuis l’autre côté d’une porte qu’on s’apprête à défoncer. Hiss joue brutal, oui, mais jamais bêtement. Et dans un genre où la lourdeur peut vite devenir une posture trop évidente, cette capacité à garder du mouvement fait toute la différence.
Une première couronne sans dorures, peut-être bon marché, mais dont on risque de garder longtemps la marque sur le front.

