Avec “Premier Jour“, Virago continue la construction de son univers musical, doublement amorcée via “Introvertu“ (1998) et un premier EP – ô combien indispensable – de six titres réalisé un an plus tôt : un rock tendu, viscéral, plein de rage contenue et traversé d’éclats de poésie noire. Enregistré au légendaire studio des Forces Motrices par David Weber (The Young Gods, Lofofora, Tantrum, Knut…), ce second album reste une pièce incontournable de la scène noise française de la fin des années 90, un disque qui, sans jamais crier, impose une intensité physique et mentale peu commune. Les guitares grincent, se frottent à des samples dissonants, la section rythmique est d’une d’une précision affolante, tandis que la voix de Depardon, écorchée mais lucide, apporte une dose conséquente d’émotion brute. On pense à Shellac, à The Jesus Lizard, mais aussi à une forme de spleen poisseux et urbain, qui n’appartient qu’aux protagonistes.
Sorti en septembre 2000 sur le label bordelais Vicious Circle, “Premier Jour“ se démarque par son écriture : des textes denses, traversés de pulsions, de désirs et de désespoirs. Ouvre-Moi, morceau emblématique de l’objet en question, trouvera d’ailleurs une seconde vie sur la bande originale du film Baise-Moi de Virginie Despentes, parfaite rencontre entre deux colères, deux urgences. L’album se clôt sur une relecture magistrale de Love On The Beat de Gainsbourg, transformée en exorcisme bruitiste, charnelle et tragique à la fois.
Après la séparation du groupe fin 2001 (soit cinq ans environ d’activité pour le trio originaire de Grenoble), les membres de Virago suivront des trajectoires aussi discrètes que passionnantes. Olivier Depardon (guitare/chant) mènera une carrière solo exigeante, entre chanson abrasive et rock en clair-obscur, et continuera d’exercer son métier d’ingénieur du son. Xavier Bray (batterie) s’aventurera dans différents projets (Eiffel, Nadj, Mama Rosin, Beau Sexe) tandis que Jean-Marc Junca (basse) se fera plus effacé (Jull, avec Olivier Depardon, jusqu’en 2005).
“Premier Jour“ reste ainsi le témoignage d’une époque où le rock français, loin des poses, pouvait encore mordre. Un album incandescent, trop vite oublié, mais qui brûle encore aujourd’hui sous la peau.

