MAUDITS – In Situ – (Klonosphère)

Avec “In Situ“, Maudits affine encore un peu plus l’art singulier que le groupe cultive depuis sa création en 2019, celui d’un post-rock instrumental où l’émotion se construit moins par le fracas que par la tension et se devine quant à l’espace circulant entre les notes, la dynamique interne d’un riff s’ouvrant lentement avant de se refermer comme un étau. Si les protagonistes citent volontiers dans leurs influences Godspeed You! Black Emperor, Opeth, Hans Zimmer ou encore Portishead, Maudits affiche surtout une identité propre, plus contemplative que martiale, mais tout aussi puissante.

Les morceaux s’enchaînent comme des pièces à découvrir successivement pour mieux comprendre l’architecture finale de la bâtisse. Les guitares étirent des lignes lumineuses portées par une section rythmique méthodique et patiente. Les crescendos ne cherchent jamais l’excès, mais la précision émotionnelle. Et quand Maudits relâche la bride, c’est avec une maîtrise qui témoigne d’heures de travail et d’une vision claire du résultat. On traverse des paysages autant austères que majestueux, ponctués de rares éclats qui deviennent d’autant plus marquants. Sans paroles (mis à part sur deux titres chantés par des invités), les quatre musiciens parviennent pourtant à exprimer une palette d’émotions, entre détermination et fragilité.

“In Situ“ est un album dense, habité, qui ne cherche pas l’éclat à tout prix mais d’abord la profondeur, confirmant Maudits parmi les meilleures formations – françaises et internationales – capables de transformer le post-rock instrumental en expérience sensorielle totale. Magique.