JEAN-CHARLES DESGROUX – Les enfants sauvages – (Le mot et le reste)

Gojira, ou l’histoire d’un séisme made in France. En quelques décennies (trois, si on englobe les prémices de l’aventure), les frères Duplantier et leurs complices ont dynamité les frontières du metal hexagonal pour s’imposer sur la scène internationale, sans jamais sacrifier leur intégrité sur l’autel du succès. Riffs en béton armé, rythmiques sismiques, conscience écologique et ambition artistique : la machine Gojira a toujours tourné à plein régime, avec une exigence de tous les instants qui force le respect.

Avec Les enfants sauvages, Jean-Charles Desgroux (biarrot de naissance, écrivain et journaliste spécialiste du metal au sens le plus large du terme) retrace cette ascension hors norme dans une biographie fouillée, qui s’attache autant aux hommes et à leur entourage qu’à leur musique. Si l’auteur aligne méthodiquement les dates importantes et les faits d’armes des protagonistes, il s’efforce également de décrypter les rouages d’une formation dont l’identité s’est forgée loin des sentiers balisés, à force de travail, de convictions et de riffs capables de vous retourner une salle.

Des premiers balbutiements death-metal sous le nom de Godzilla aux conquêtes internationales, le parcours est jalonné d’étapes décisives, de remises en question et de mutations sonores. Jean-Charles Desgroux replace chaque disque dans son contexte, souligne l’évolution d’une écriture d’abord dominée par une technicité implacable, puis progressivement enrichie de nuances plus organiques et de respirations atmosphériques. Une alchimie singulière, nourrie par des années de labeur et par cette obstination toute landaise à ne rien lâcher. Chez Gojira, le talent ne dispense pas de transpirer, il impose de recommencer jusqu’à atteindre le but recherché.

Les figures de Joe et Mario Duplantier occupent naturellement une place centrale dans le récit. D’un côté, un guitariste-chanteur habité, capable de conjuguer fureur métallique, introspection et préoccupations environnementales ; de l’autre, un batteur à la frappe monumentale, dont la précision et l’inventivité constituent l’un des piliers du son Gojira. À travers leur complémentarité, c’est toute la spécificité de la formation landaise qui se dessine. Les épisodes de tournée, les rencontres avec les acteurs de la scène internationale et les étapes franchies à la force du poignet, jusqu’à cette légendaire prestation à la Conciergerie lors de de la cérémonie des Jeux Olympiques de Paris en 2024, rappellent également qu’aucun miracle n’a propulsé les quatre compères au sommet. Il a fallu convaincre, encaisser, persévérer et imposer une vision à une industrie rarement tendre avec les groupes qui refusent les compromis faciles.

La plume de Jean-Charles Desgroux restitue avec passion la trajectoire du quatuor, qui a su faire de ses convictions une force créatrice. Les enfants sauvages évite ainsi le piège de la biographie flatteuse pour raconter une incroyable aventure musicale, sans perdre de vue l’essentiel. Derrière l’ouragan sonore, il y a des musiciens qui n’ont jamais cessé de croire en leur vision. Une lecture recommandée aux fans de Gojira – et de metal en général – comme aux curieux, avec une conséquence hautement prévisible, celle d’une furieuse envie de ressortir les albums du groupe et de pousser déraisonnablement le volume jusqu’à faire trembler les murs.

  • Auteur : Jean-Charles Desgroux
  • Prix : 22€
  • Nombre de pages : 256
  • Éditeur : Le mot et le reste