Mi-mai 2025, Nvage sortait un premier véritable EP de six titres à la puissance dévastatrice. Clément Decuypere, le bassiste (guitariste ?) du jeune duo seine-et-marnais, nous livre les secrets d’un son autant épais qu’aérien, qui ravira les fans de sludge atmosphérique.
Basse
Pour Nvage, j’utilise une Fender Bass VI. Ce modèle me faisait de l’œil depuis des années, j’étais très intrigué par sa proposition hybride : une basse à six cordes, accordée comme une guitare (EADGBE) mais une octave au-dessous. Proche d’une guitare baryton, mais belle et bien une basse, j’avais très envie d’explorer cet instrument. Avec Nvage, c’était l’occasion parfaite pour me l’offrir, sa configuration particulière permettant d’appliquer un jeu de guitare sur une palette sonore de basse.
Très récemment, j’ai été contraint de changer de basse. La Squier Classic Vibe Bass VI (dans une finition Shell Pink splendide) que j’avais achetée neuve en 2022, et avec laquelle j’ai enregistré notre premier EP, m’a malheureusement été volée le 16 mai 2025 pendant que nous chargions notre matériel dans notre voiture, le soir de la release party du EP à Paris… Je vous épargne les détails de cette histoire, mais j’ai donc dû en acheter une nouvelle d’urgence, étant donné que je n’avais pas de spare, que nous avions des concerts de prévu quelques jours plus tard et que le modèle est difficilement remplaçable par un autre dans ma configuration live.
Au moment où j’écris ces mots, cela fait donc 15 jours que j’ai acquis une Fender Bass VI Pawn Shop de 2013 noire. Pourquoi ce modèle ? C’était le seul disponible rapidement sur Paris à ce moment-là. Et je dois dire que c’est un feeling assez particulier que d’acheter un instrument plus par nécessité que par envie. Mais à ce jour, aucun regret ! Au-delà de la qualité de la lutherie et des finitions bien meilleures en comparaison au modèle Squier précédent, celui-ci a la particularité d’avoir un micro chevalet type Jazzmaster en complément des deux autres micros simples (tandis que la Squier disposait de trois micros single coil). Et c’est la claque : ce micro amène bien plus de définition dans les sons très saturés que j’utilise et l’instrument est très confortable à jouer malgré un manche un peu épais à mon goût. Un bref passage chez le luthier pour la régler en standard D et je l’ai directement baptisée en jouant en première partie de Birds In Row à File7 (une salle en Seine-et-Marne), puis lors de la release party de Stone From The Sky au Cold Crash, à Rezé. Il ne lui manque plus qu’une plaque de protection avec une finition Shell Pink, en mémoire de ma basse disparue, et cette nouvelle Bass VI sera parfaite !
Effets
Contrairement à ce que laisse penser mon pédalier ridiculement grand, je n’utilise pas tant d’effets que ça… Enfin, je crois ! Son rôle est principalement de dédoubler le signal de ma basse en trois circuits distincts ayant chacun un spectre harmonique différent et la plupart des pédales ont un rôle “utilitaire”, afin de pourvoir activer/désactiver ces trois circuits sans avoir à faire des claquettes à chaque changement de son.
La pédale la plus importante pour cela est le switcher Boss ES-5. Elle me permet de programmer différents patchs par morceau pour configurer dans quelles pédales va passer le signal, dans quel ordre, avec quel gain de sortie, etc… C’est une usine à gaz lorsqu’il faut programmer ses patchs, mais une fois fait, tout devient simple et extrêmement satisfaisant. Combinée à des changements de programme et du contrôle continu en MIDI via Ableton, les possibilités deviennent quasi illimitées.
Concernant les trois circuits de mon signal :
Le circuit basse : le signal passe par une Big Muff Pi Bass d’Electro-Harmonix, puis part directement dans l’ampli basse (c’est lui qui travaille le plus).
Le circuit guitare : j’utilise deux pédales d’Octaver différents selon les moments : une POG d’Electro-Harmonix, principalement pour les parties en son clair, mélodiques et avec peu de gain, et une Tentacle de EarthQuacker Devices pour les sons saturés et les riffs. J’utilise ensuite une Overdrive OD-3 de Boss, qui sert de boost à activer/désactiver selon les besoins avant d’envoyer le signal vers l’ampli guitare. Je récupère ensuite le signal pré-amplifié via le FX Loop de l’ampli, que j’envois par moment dans un Super Chorus CH-1 et une pédale de Reverb FRV-1 de Boss (toutes deux en série) pour amener plus d’amplitude et de modulation à mon son. Le tout passe par une Noise Suppressor NS-2 et un Equalizer GE-7 de Boss pour m’assurer un contrôle final sur le son avant de retourner dans le FX Loop de l’ampli guitare.
Le circuit nappes : depuis la sortie Send du FX Loop de l’ampli guitare, j’utilise une DI pour récupérer le signal guitare pré-amplifié avant qu’il ne retourne vers les effets de modulation (et j’utilise la sortie Link de cette DI pour le laisser continuer son chemin indépendamment vers la fin du circuit guitare). J’envoie ensuite cette ligne dans une Reverb BAM de Oto Machines, puis directement dans la sono. Cette pédale est un vrai bijou : parmi les plus belles Reverb que j’ai pu entendre, avec le charme des pédales analogiques vintage, une chaleur folle et une simplicité de contrôle en MIDI via le switcher Boss ES-5. Elle est d’habitude plutôt prisée des ingénieurs du son et des artistes électro, et je l’ai découverte dans la vidéo « Guitar Rig Rundown » de Bruit ≤ , dans laquelle le guitariste du groupe, Théophile, l’utilise dans son pédalier. L’intégrer à ma configuration a vraiment changé la donne pour mon son et celui de Nvage. Une image valant mille mots, j’ai fait un schéma explicatif pour les lecteurs de Balances.

Amplis
Pour le circuit basse, j’utilise une tête Sunn Beta Bass extraite d’un vieux combo. J’ai cherché cet ampli pendant des années, avec des alarmes sur tous les sites de vente d’occasion et à l’affût de la moindre annonce, avant de finalement le trouver. Une vraie bête à transistor increvable, qui peut à lui seul signer la fin de tes bonnes relations avec ton voisinage. Il a aussi l’avantage d’être léger, robuste et facilement transportable en comparaison des têtes à lampes, parfait pour le live. Je l’envoie dans un baffle 1×18 pouces fait maison. J’ai eu la chance de récupérer le haut-parleur dans un caisson de sub dont une salle de concert du coin se débarrassait, puis j’ai cherché des plans en ligne, acheté du bois et fabriqué un nouveau baffle. Ça fait vibrer les tripes et ça sonne mortel !
Pour le circuit guitare, j’ai une Orange Rocker 15 Terror. Je l’ai achetée spécifiquement pour Nvage et elle a vraiment tout ce que je cherche : deux canaux l’un clean, l’autre saturé, un FX Loop, une fonction footswitch pour passer du canal saturé au canal clean, et surtout un gros son bien gras. On imaginerait pas qu’une petite tête format lunchbox dans ce genre peut envoyer autant ! Elle est facile à transporter et pas capricieuse, c’est tout ce qu’il me faut ! J’utilise différents baffles selon les situations, préférant souvent utiliser ceux sur place plutôt que de transporter encore plus de matériel. À domicile, j’utilise un vieux Fender Frontman 212R désossé et transformé en baffle 2×12. Je trouve que le matos de récupération fait très souvent le travail et ça crée vraiment des configurations uniques… J’aime beaucoup ça !

