En marge d’un second album mélangeant habilement trip-hop et post-rock, les deux compères de Sybax nous parlent des disques qui les ont marqués.
Votre premier disque acheté ?
Josselin Châtel (basse) : Je crois qu’il s’agit de “Green Is The Sea“ de And Also The Trees, un de mes groupes préférés encore maintenant. Les gars arrivent à garder une identité musicale très intense depuis 45 ans, tout en se renouvelant au fil du temps. Je connaissais déjà les albums précédents via des copies de K7 qu’on se refilait entre potes. Il me semble que j’ai acheté ce disque, en CD, lorsqu’avec des copains nous sommes allés voir le groupe en concert, à Rouen. Steven Burrows, le bassiste d’AATT à l’époque, était un de mes préférés de par son jeu et sa gestuelle sur scène. Lui et les frères Jones (guitare et chant) dégageaient une puissance sur scène avec un minimum de mouvement !
Sylvain Tourgis (machines / programmations / guitare) : Si mes souvenirs sont bons , c’est “A Taste For Bitters“ de Chokebore, un disque sorti en 1996. Ce qui est marrant, c’est la façon dont je l’ai découvert. Mon frère, après avoir vu le groupe en concert, m’avait rapporté un t-shirt. À l’époque, je ne connaissais pas du tout Chokebore. Mais le dos du t-shirt affichait le nom du label : Amphetamine Reptile Records. Et honnêtement, c’est ce nom en particulier, que je trouvais génial, qui m’a poussé à acheter le disque. C’est un classique pour moi, une pépite, un album où il n’ a rien à jeter !
Quels sont vos albums de chevet ?
Josselin : “Daydream Nation“ de Sonic Youth, s’il ne faut en choisir qu’un de ce groupe fantastique. Mais de “Sister“ à “Washing Machine“, il n’y a quasiment aucun morceau à jeter. “Faith“ de The Cure, une vraie claque quand je l’ai découvert pendant mon adolescence. Il reste un repère régulier. “Demon Days“ de Gorillaz : quelle inventivité dans les mélodies, les rythmiques, les arrangements ! “Third“ de Portishead : une merveille ! “Low Estate“ de Sixteen Horse Power pour son énergie folle tout en délicatesse et la voix de David Eugene Edwards. “Mezzanine“ de Massive Attack, mon entrée dans le trip-hop. Il n’a toujours pas été égalé.
Sylvain : Pas évident comme question ! Aujourd’hui, avec les plateformes de streaming, on devient un peu boulimique : on zappe d’un artiste à l’autre sans trop creuser. Mais j’ai quand même mes piliers, des albums que je réécoute tout le temps. Il y a l’indétrônable “Relationship Of Command“ de At The Drive-In. Ensuite, mon album de post-rock préféré depuis deux décennies : “It’s Not Me, It’s You!“ de Pg.lost. Si j’ai besoin de motivation, je me passe “The New Noise Theology“ de Refused, un EP brutal et efficace. Et pour finir, je citerai “Call Me Dragon“ de These Monsters. Le groupe n’a pas eu une énorme exposition médiatique, mais le mélange des genres est dingue. C’est une pépite.
Votre musique est souvent décrite comme cinématographique. Quelle est la bande originale de film que vous auriez rêvé de composer ?
Josselin : Si on parle de B.O., aucune. Ce qui a été fait a été fait. Si on parle de film dont nous aurions rêvé de composer la bande-son, il n’a pas encore été réalisé. Le meilleur reste à venir si nous devons un jour en écrire une. Mais s’il faut citer un film sur lequel j’aurais aimé poser ma musique, je dirais Eraserhead de David Lynch, ou Pi de Darren Aronofsky.
Sylvain : Compositeur de musique de film, c’est vraiment mon métier de rêve. Si je devais choisir deux films à mettre en musique aujourd’hui, je pense tout de suite à Les 7 Jours du Talion. C’est un univers hyper glauque, un super film, mais il y a un manque de musique évident selon moi. L’autre, ce serait La Route, avec pour thème principal la survie d’un père et son fils dans un monde post-apocalyptique. Ce sont deux univers très sombres, mais incroyablement inspirants pour composer.
Quels albums résumeraient au mieux l’univers musical de votre second long format “Twin“ ?
Sylvain : Plutôt difficile comme question… Je citerai “Tomorrowd“ de 65daysofstatic, qui réussit une fusion parfaite entre post-rock et électro. Côté classiques, “The Downward Spiral“ de Nine Inch Nails reste pour moi un incontournable quant à ses sonorités industrielles et expérimentales, tout comme “Before The Dawn Heals Us“ de M83 pour son énergie très pêchue et planante à la fois. Plus récemment, c’est “The Bad Fire“ de Mogwai qui tourne en boucle chez moi depuis sa sortie. Et pour finir sur une note plus électronique, je dirais “Further“ de The Chemical Brothers pour son côté big beat assumé.
Votre pochette d’album préféré ?
Josselin : Celle de “Faith“ de The Cure, tout en suggestion. Bien que le motif de la pochette – une chapelle – et le titre de l’album soient d’un premier abord directement reliés, on peut extrapoler d’autres directions en faisant fonctionner son imaginaire.
Sylvain : “Wish You Were Here“ de Pink Floyd, pochette iconique du groupe. Un disque que j’ai eu sous les yeux durant toute mon enfance et qui m’a clairement orienté musicalement.

Quels sont vos derniers disques coup de cœur ?
Josselin : Les derniers albums d’Idles (“Tangk“), Sleaford Mods (“UK Grim“) et It It Anita (“Mouche“). C’est d’un tel niveau que ce sont ceux-là qui me viennent spontanément à l’esprit. Ils tournent en boucle. Plus récemment, il y a aussi le dernier album de Bruit ≤, “The Age Of Ephemerality“, qui est ultra précis, alternant douceur et force. Et puis “Pain To Power“ de Maruja, le groupe de Manchester, qui dégage une énergie et une émotion intense. Enfin “Violent God“ de Pain Magazine, qui est d’une puissance folle.
Sylvain : Je rejoins totalement Josselin sur “Pain To Power“ de Maruja. C’est proposition assez inédite, à la frontière du post-rock et du post-punk. Un très grand disque. Il y a aussi “A Single Flower“ de We Lost The Sea. Je l’attendais avec impatience et je n’ai pas été déçu : Deezer m’annonce déjà 28h d’écoute dessus en 2025, impossible de ne pas le citer ! Pour des moments plus planants, je me tourne vers “Call To Arms & Angels“ d’Archive. C’est très « peace », très cool, je ne m’en lasse pas. Dans un registre totalement différent, j’écoute beaucoup “The Line Is A Curve de Kae Tempest. C’est un hip-hop posé qui passe incroyablement bien. Enfin, coup de cœur également pour “Spells From The Drunken Sirens“ d’Orange Blossom, un superbe album qui va rester très longtemps dans mes playlists.

