Après l’énorme succès médiatique de “Glow On“ 2021 qui a vu Turnstile changé clairement de dimension (et de direction musicale), les fans du quintette américain attendaient ce nouvel album avec un mélange d’excitation et d’appréhension. Certains crieront sans doute au génie, d’autres – ceux de la première heure – pourraient bien se payer une sacrée indigestion. “Never Enough“ semble bien mal porter son nom : trop convenu pour les puristes, trop produit avec ce mixage hyper compressé qui lisse chaque titre et finit par fatigué sur la longueur, trop d’arrangements pompeux (le gimmick de trompette dans Dreaming ou encore la flûte façon Nature & Découvertes en conclusion de Sunshower, vous êtes sérieux les gars ?), trop de nappes de synthés sans âme tout droit sorties des années 80, sans parler des effets vocaux pas toujours indispensables. Trop, c’est trop.
Ce n’est pas tant le virage stylistique qui dérange ici, le précédent long format ayant déjà posé les jalons d’une ouverture d’esprit tout à fait louable pour un groupe désireux de ne pas s’enfermer dans un carcan, mais la manière. À force de vouloir tordre son hardcore plein de spontanéité de ses débuts pour l’emmener – coûte que coûte – vers de nouvelles contrées sonores, Turnstile s’est perdu dans le brouillard d’un rock hybride, formaté et bourré de sucreries pop, livrant au final une copie sans l’ombre d’une surprise. Pour des musiciens qui ont souvent maîtrisé avec un certain brio l’art des contrastes, “Never Enough“ en manque cruellement. Bienvenue dans l’ère des playlists… et du grand vide.

