GIMME 5 – VINCENT MERY (Hex Divided)

Seul aux commandes d’Hex Divided, Vincent Mery revient sur cinq albums essentiels qui ont façonné son parcours musical, nourri ses influences et contribué à définir l’identité de son projet.

UGLY KID JOE
America’s Least Wanted

Le tout début pour moi. La plus grande de mes sœurs avait une petite collection de CD et j’aimais aller dans sa chambre pour y jeter une oreille. On est en 1992, j’ai neuf ans, elle me fait découvrir “Blood Sugar Sex Magik“ des Red Hot Chili Peppers, “Doolittle“ des Pixies, la compilation “Remasters“ de Led Zeppelin (enfin, seulement le CD 2 parce qu’on lui avait tiré le premier !). Parmi tout ça, il y avait aussi “America’s Least Wanted“ d’Ugly Kid Joe. Je ne sais pas si c’est cette pochette (évidemment d’une laideur sans nom) qui a attiré l’enfant que j’étais ou simplement la musique, mais ce disque m’a fait plus d’effet que les autres. La puissance du son, le côté « musique de bad boys » (ou tout du moins ce que je m’en imaginais vu le livret), ces guitares qui hurlent… et en même temps, des mélodies immédiates avec des tubes intergalactiques comme Cats In The Cradle et Everything About You. Bref, j’ai complètement craqué sur ce disque. À partir de là, je me suis fait offrir un poste radio-cassette, ma sœur me faisait des copies de ses CD sur K7 et je passais mon temps libre à les écouter, ainsi que les radios rock sur lesquelles j’allais découvrir les Guns N’ Roses – un groupe qui deviendra une véritable obsession pour moi – et complètement me faire plonger dans la musique, plus précisément dans le hard-rock. Mais, s’il faut rendre à César ce qui est à César, c’est bien Whitfield Crane et sa bande qui auront allumé la mèche (pas mal pour un futur chauve) avec cet album.

METALLICA
Kill ‘Em All

En 1994, pour me récompenser d’un bon bulletin ramené du collège, mon père m’a filé un billet de 100 francs pour que j’aille m’acheter une K7. J’étais déterminé à acquérir le “Black Album“ de Metallica. J’avais entendu The Unforgiven à la radio et j’étais conquis. De plus, je voyais tout le temps la tronche des musiciens dans Hard Force Magazine et je me disais que ça devait être bien comme groupe. Surexcité, j’ai filé chez le disquaire qui était à 200 mètres de chez nous et là, patatras : 101 francs la K7 du “Black Album“ ! Mais quoi ? Habituellement, elles coûtaient environ 80 francs ! J’ai fouillé un peu dans les rayons et je suis tombé sur “Kill ‘Em All“ à 99 Francs ! Allez zou, ça passait niveau budget. Après tout, il y avait aussi marqué Metallica dessus, ça devait être pareil. Je suis rentré à la maison pour l’écouter. Lorsque Hit The Lights a démarré, j’ai carrément eu l’impression que la K7 avait un problème pendant les trente premières secondes ! Ah, on est loin de The Unforgiven ! Du pur thrash joué pied au plancher avec un son méga crado. Je ne comprenais rien à ce qu’il se passait, mais j’ai adoré cette sauvagerie totale qui s’en dégageait. Moi qui jusque-là n’avais écouté que du hard-rock et du rock alternatif, ça m’a fait complètement basculer dans le metal. C’est l’album qui m’a amené vers Slayer, Megadeth et Anthrax, et vers le metal plus lourd de Pantera, Paradise Lost, Machine Head, Sepultura, Korn et compagnie dans le milieu des années 90. Un vrai point de bascule pour moi.

ALICE IN CHAINS
MTV Unplugged

Ce disque m’a complètement bouleversé durant l’été 1996. En plus de ceux que j’ai cités précédemment, j’aimais déjà beaucoup Pearl Jam et Soundgarden (un peu moins Nirvana étrangement, mais je crois que ça a plus à voir avec le fait que tous les nazes au bahut les aimaient, qu’avec leur musique). Par contre, je suis complètement passé à côté d’Alice In Chains. Le nom ne m’était pas inconnu, je l’avais repéré dans les magazines, mais aucune idée de comment ça sonnait. Je suis allé chez le disquaire où j’ai pu découvrir l’album via une borne d’écoute. Je me souviens que le volume était fixe sur celle-ci, c’était fort, un truc de fou ! Le son m’avait complètement transporté. Je pouvais entendre les cordes friser sur les guitares, la batterie était ultra sèche et puis ces voix… L’ensemble dégageait une émotion que je n’avais encore jamais ressentie. Et tout ça sans un pet de distorsion sur les guitares ! Ce live, c’est de la magie pure. Il m’a touché hyper intimement sans que je sache réellement pourquoi. À l’époque, je n’avais aucune idée du contexte dans lequel il avait été enregistré, que les gars n’avaient pas joué ensemble depuis deux ans à cause de l’état de santé de Layne Staley, que Cantrell souffrait d’une intoxication alimentaire le jour du concert et qu’il devait garder un seau à proximité de lui, que le groupe était presque déjà mort, et je ne comprenais pas pourquoi il s’était mis à jouer Enter Sandman. Mais à ce stade de ma vie d’auditeur, c’était la plus belle chose que j’avais jamais entendue.

DEFTONES
Around The Fur

J’aimais déjà beaucoup les clips du groupe vus dans l’émission Best Of Trash sur M6 et le disque était « album du mois » dans Rock Sound. Le jour de sa sortie, j’ai filé chez le disquaire pour acheter le CD. Immense déception après la première écoute, j’ai détesté le disque ! Je ne comprenais pas trop ce qu’il se passait, je le trouvais hyper « bruyant » (pas dans le bon sens du terme) et brouillon. Je l’ai donc mis de côté pendant quelques jours, avant de revenir dessus et d’avoir une espèce de révélation quelques semaines après : c’était super heavy, mais avec une émotion différente, un truc éthéré que je n’avais pas l’habitude d’entendre. Même dans la texture des guitares, dans la voix, c’était vraiment différent de mes écoutes habituelles. Il m’a fallu un moment pour m’y faire, mais ça me touchait profondément. Je suis devenu complètement fan et j’ai écouté l’album non-stop. Cerise sur le gâteau, quelques mois plus tard, le groupe passait à 100 bornes de chez moi. Mes parents m’ont autorisé à y aller en train avec un pote, ce qui me fait encore halluciner aujourd’hui, parce que, à l’époque, nous n’avions que 14 ans ! Ce soir-là, ce fut une deuxième révélation : Will Haven jouait en première partie. Je ne connaissais rien du groupe, mais quand les gars ont attaqué avec I’ve Seen My Fate et que Grady Avenell s’est mis à chanter… Je n’avais encore jamais ressenti une intensité pareille. Et le concert de Deftones ensuite fut fantastique. Je me rappellerai toute ma vie de cette soirée. Deftones, c’est cette espèce de Hub qui m’amènera autant à Depeche Mode et Björk qu’à Helmet et Vision Of Disorder, le carrefour de tout ce que j’allais aimer plus tard dans la musique.

NADA SURF
The Proximity Effect

Je peux difficilement quantifier l’impact qu’a eu ce groupe dans ma manière d’écrire de la musique. Ce sont en quelque sorte mes Beatles. Souvent, quand on parle de Nada Surf, les gens pensent au titre Popular. C’est une frustration terrible pour moi parce qu’il n’est absolument pas représentatif de la musique du groupe. Je pense même que cette chanson est sur l’album le plus faible de sa carrière. J’ai choisi de mettre “The Proximity Effect“ en avant aujourd’hui parce que c’est avec ce disque que je suis véritablement rentré dans la musique de Nada Surf. J’aurais tout aussi bien pu choisir “Let Go“ ou “The Weight Is A Gift“ que j’aime encore plus. Nada Surf, c’est l’art d’écrire la pop song à guitare saturée parfaite, avec une espèce de relâchement total. Encore une fois, ce fut un gros bouleversement pour moi parce qu’à l’époque, je n’avais pas trop l’habitude d’écouter une musique dont les fondations étaient aussi pop. Mais il y avait Mother’s Day sur un sampler Rock Sound (encore !) et cette chanson m’avait complètement happé avec son évidence totale et son message féministe auquel je n’étais pas habitué dans mes écoutes. À l’époque, je n’avais encore jamais entendu un groupe de mecs visuellement si peu lookés et si peu charismatiques jouer une musique aussi émotionnellement chargée. Ce fut une nouvelle fois un gros bouleversement. Encore aujourd’hui, quand j’écoute ce que je fais, j’entends l’influence de Matthew Caws partout : dans la structure des morceaux, dans le chant… c’est quelque chose qu’on me fait rarement remarquer, mais personnellement, je sais d’où ça vient.