Quand Peter Mengede claque la porte d’Helmet en 1993, c’est moins un simple départ qu’un point de rupture. Fatigué de n’être qu’un exécutant dans l’ombre de Page Hamilton et privé de droits d’édition équitables, le guitariste australien décide qu’il ne subira plus jamais ce type de dynamique. Deux ans plus tard, il relance la machine et s’entoure de musiciens qui, chacun à leur manière, incarnent un pan de la scène new-yorkaise et hardcore des années 90 : Peter Hines, batteur passé par Cro-Mags et Murphy’s Law, Tom Capone de Quicksand (remplacé en 1997 par Donni Campion), Eddie Nappi à la basse, et Jeremy Chatelain au chant, qui rejoindra ensuite Jets To Brazil en tant que bassiste. Le pacte fondateur est clair : ici, chaque voix comptera.
Handsome se rode sur une paire de 7’’ et, malgré quelques changements de line-up, attire vite l’attention d’Epic. Le label leur offre un contrat solide, et le groupe file à Seattle enregistrer dans les mythiques studios Bad Animals. Avec Terry Date aux manettes (architecte sonore de Deftones, Soundgarden, Pantera ou de Korn pour ne citer que les principaux), le quintette façonne un album sans titre qui se tient comme un bloc, puissant et mélodique, entre post-hardcore et metal alternatif. Des riffs énormes, des refrains qui frappent juste, une intensité palpable : tout est réuni pour que Handsome s’impose comme l’une des révélations majeures de la décennie.

Mais l’histoire va tourner court. Faute de soutien marketing cohérent et miné par des tensions internes, le groupe se heurte de plein fouet aux réalités de l’industrie. L’héroïne s’invite dans les coulisses, fragilise les rapports entre les protagonistes, et le départ de Chatelain offre à Epic l’occasion de rompre prématurément un contrat initialement prévu pour trois longs formats. Handsome ne dépassera jamais ce premier coup d’éclat sorti officiellement le 4 février 1997.
Il reste pourtant un disque, impeccable de bout en bout, et quelques moments gravés, comme ce concert au Parc des Princes en 1997 lors du Rock à Paris, aux côtés – entre autres – de David Bowie, Rage Against The Machine, Prodigy, Placebo… et Helmet, ironie du sort. Aujourd’hui, Mengede est retourné en Australie, à Brisbane, où il enseigne la guitare. Mais Handsome demeure un météore des années 90 : un groupe éphémère, fauché en plein vol, dont l’unique album continue de résonner comme la promesse non tenue d’un futur plus grand.

