En 1999, alors que la gueule de bois post-britpop commence à se faire sentir et que le metal alternatif cherche un nouveau costume plus ample avec le nu-metal, Penthouse lâche “My Idle Hands“ sur le label Beggars Banquet. Deuxième album, moment décisif. Celui où un groupe cesse d’être une promesse pour devenir une affirmation. Mais l’histoire se complique : aux États-Unis, le quatuor doit abandonner son nom et se rebaptiser Fifty Tons Of Black Terror pour éviter les poursuites du magazine pour adultes Penthouse. Changement d’étiquette (uniquement outre-Atlantique), même chaos intérieur.
Formé juste avant le milieu des années 90, Penthouse s’était d’abord fait remarquer avec “Gutter Erotica“ (1997, rebaptisé “Demeter“ pour le marché nord-américain), un disque brut, encore trempé dans l’urgence. Avec “My Idle Hands“, la formation britannique ne polit pas les angles, elle les aiguise. La production gagne un poil en ampleur, les guitares, crasseuses juste ce qu’il faut, sortent les griffes, et la section rythmique opte pour l’option groove quasi hypnotique. On pense aux dissonances noisy irrévérencieuses de The Jesus Lizard ou au garage bluesy et crade de The Jon Spencer Blues Explosion, sans jamais tomber dans la citation outrancière.
“My Idle Hands“ apparaît comme un disque si ce n’est à contre-courant, du moins hors des sentiers balisés. Trop rugueux pour les radios, trop « bricolé » pour les scènes extrêmes, il incarne cette zone grise, celle des groupes qui creusent leur sillon loin des modes. Dans la carrière relativement courte de Penthouse, ce second long format agit comme un point d’équilibre fragile. Il consolide une identité sonore forte, mais annonce aussi les turbulences à venir : changement de nom pour séduire l’Amérique, reconnaissance brouillée, et un dernier baroud avec “Unt“ en 2002 avant la séparation.
Vingt-sept ans plus tard, “My Idle Hands“ demeure un témoignage brûlant d’un rock sans fioritures, tendu et viscéral. Un disque qui n’a jamais cherché à plaire dès la première écoute, et c’est précisément pour ça qu’il mérite d’être (re)découvert.

