C’est quand on s’y attend le moins que les surprises d’antan reviennent au premier plan. Le duo français Chevreuil et son univers barré, entre musique expérimentale, math-rock et ambiances inquiétantes, refont surface après 20 ans de silence discographique. On y retrouve cette approche hors des sentiers battus de la musique, à la fois dans son aspect mélodique (les codes son faits pour être brisés), sonore (placer des sons électro ici, des rythmes cassés là, faire tourner le tout dans un mix hypnotique, c’est tellement amusant) et devrait-on dire, scientifique, comme si le groupe s’amusait à réaliser des blocs et à émettre des hypothèses qu’il vérifiait ensuite grâce à des expériences sonores à la fois brutes et dérangeantes.
Divisé en deux parties, “Stadium“ est avant tout une plongée immersive dans une jungle de sonorités étrangement alambiquées en apparence mais qu’une vraie logique presque mathématique semble cimenter. Il pioche allègrement dans ce son tordu à foison et dans ces inquiétantes mélodies dont la production nous fait tourner la tête, en nous rappelant qu’il y a deux décennies (et même avant), Chevreuil bossait avec le grand Steve Albini et que l’héritage de ce partage s’incarne parfaitement à travers ce nouveau disque barré à souhait.
À l’heure où explosent les excellents Angine de Poitrine et où certains albums cultes de math-rock ressortent du placard (de Battles à Pneu), rendons à César ce qui lui revient en se souvenant que dès le siècle dernier, Chevreuil faisait halluciner son auditoire et qu’il en est toujours ainsi aujourd’hui. “Stadium“ en est une preuve immuable.

