Avec “Disillusion“, premier EP fougueux placé sous le signe du grunge des 90’s, Pythies valide son arrivée dans l’univers du rock indé de l’Hexagone. Les trois musiciennes nous parlent des albums qui les ont marquées.
Votre premier disque acheté ?
Lise (basse/chant) : Le premier vinyle que j’ai acheté est “Sabotage“ de Black Sabbath et le premier CD, c’est la honte… Alors je ne le dirai pas (rires). Je me souviens que c’était chez un disquaire dans le 11e arrondissement qui n’existe plus, comme d’ailleurs la moitié des boutiques du même genre à Paris…
Alice (guitare) : “L’école du micro d’argent“ du groupe I AM. J’étais en CM2. Nous nous étions cotisés avec des potes et nous avions le disque en garde alternée.
Chloé (batterie) : Si je me souviens bien, ça devait être “Hybrid Theory“ de Linkin Park. J’avais 10 ou 11 ans et je commençais tout juste à me faire ma propre culture musicale. À ce moment-là, le dernier clip du groupe passait en boucle sur une chaîne, la 17, et cela avait attisé ma curiosité !
Quels sont vos albums de chevet ?
Lise : J’en ai quelques-uns, c’est très dur de choisir. Je dirai “Loveless“ de My Bloody Valentine, “Mezzanine“ de Massive Attack, “Ultra“ et “Songs Of Faith And Devotion“ de Depeche Mode, et “Live Through This“ de Hole. La première fois que j’ai entendu Massive Attack ça m’a mise en transe. Quand j’ai vu le groupe en concert pour la tournée anniversaire de “Mezzanine“, je me suis dit que c’était ça que je voulais faire dans ma vie : de la musique.
Alice : “Amnesiac“ et “OK Computer“ de Radiohead, “Dummy“ de Portishead, la discographie complète de Placebo, “Dolly“ de Dolly, “Jagged Little Pill d’Alanis Morissette, The Miseducation Of Lauryn Hill“ de Lauryn Hill… J’adore sentir qu’un artiste est dans un besoin d’expression qui transcende tout le reste (l’ego, l’argent, le succès, l’envie de performer) et qu’il est au service du message. Ça s’entend dans les albums : certains ont vraiment une âme, tu peux presque sentir l’espace, les odeurs, la saison, les énergies qui l’entourent quand tu les écoutes. Radiohead a des mélodies, un son et des harmonies à faire pleurer, j’aime autant les morceaux classiques que ceux plus progressifs, qui sont de vrais chefs-d’oeuvre. Thom York est un chanteur très émouvant, il s’abandonne complètement. Pareil pour Beth Gibbons de Portishead. Ces artistes ont vraiment fait briller le rock avec autre chose qu’une attitude exubérante et des gros riffs, ils l’ont fait avec une sensibilité esthétique et une délicatesse presque sacrée. En fait, j’aime bien les rockeurs introvertis, sans doute par rapport à ma nature.
Chloé : J’ai vraiment mes périodes. En général, je fixe sur un ou deux albums à la fois, mais certains reviennent plus souvent et sur le long terme. Parmi ceux-là, je citerai « Afrikan Culture » de Shabaka, un album instrumental sorti en 2022, hyper méditatif et hors du temps… sans batterie dessus d’ailleurs (rires). Je l’écoute souvent quand j’ai besoin de me poser et me vider la tête. Il y a aussi “Korn III: Remember Who You Are“ de Korn, c’est sorti quand j’étais au collège et ça m’a pas mal marquée, surtout le titre Oildale (Leave Me Alone) et son riff si reconnaissable. Je me rendais sourde en essayant de jouer les parties de batteries par-dessus. J’ajouterai également “A Curious Tale of Trials + Persons“ de Little Simz. J’ai découvert cet album grâce au clip de Dead Body. J’adore son placement rythmique et les instrumentaux m’ont pas mal inspirée, notamment pour la composition.
Quels sont les albums qui pourraient résumer au mieux le style de Pythies et/ou l’ambiance générale de “Disillusion“, votre premier EP ?
Lise : Les albums qui m’ont inspirée quant à la composition de ce premier EP sont des trucs que j’écoute depuis des années, tels que “Goo“ de Sonic Youth, “Viva Zapata!“ de 7 Year Bitch et “To Bring You My Love“ de PJ Harvey. Le but est de faire du grunge des 90’s, tout en y incorporant de la modernité en termes de production. Il y a pleins d’excellents disques de grunge, mais qui sont très bruts, ce qui peut être lassant sur la longueur. Je trouve ça cool de se dire que tu peux faire un projet agressif, mais avec des nuances.
Quel est l’album live que vous auriez aimé d’enregistrer ?
Lise : “Go for it…Live!“ De Fu Manchu. Le morceau Evil Eye, qui m’a donné envie de m’intéresser un peu plus aux pédales d’effets. Avant, j’avais juste un accordeur parce qu’à la basse je pensais que ça ne servait à rien et maintenant je suis une addict.
Alice : Le “Live In Roseland“ de Portishead, avec l’orchestre symphonique derrière. C’est une idée très audacieuse que le groupe a réussi à mettre brillamment en place brillamment. J’aurais trop aimé vivre un tel moment de musique, avec des musiciens classiques et rock, tous au service d’une même énergie.
Chloé : “The Classical Conspiracy (Live in Miskolc)“ d’Epica. On y retrouve des chansons du groupe, mais aussi des pièces classiques et des extraits d’opéra. Epica y est accompagné d’un orchestre et d’un chœur de 70 personnes. Ça me parle particulièrement car j’ai fait beaucoup d’orchestre (percussions classiques) et ce live concentre deux choses que j’ai beaucoup aimé, la musique classique orchestrale et le metal.
Votre dernier disque coup de cœur ?
Chloé : Tout récemment, j’ai beaucoup aimé “Debís Tirar Más Fotos“ de Bad Bunny, excellent mélange de reggaeton et de musique portoricaine (plena, salsa, jibaro) qui accompagne des paroles dénonçant, entre autres, la gentrification que subit Porto Rico. Mais si je devais choisir un seul gros coup de cœur, je dirais “Alligator Bites Never Heal“ de Doechii. Chaque titre a une atmosphère différente et pourtant je trouve ça très cohérent. Les textes sont fous aussi. Je suis hyper fan de cette artiste, je pourrais en parler des heures.
Lise : “Brat“ de Charli XCX. Je l’ai écouté durant TOUT l’été 2024, en boucle, je suis obsédée. C’est génial, je ne m’en lasse pas. C’est rare que j’ai des coups de cœur d’album dans le rock maintenant, malheureusement… Je suis très difficile. Récemment, j’ai bien poncé Madeline Goldstein (plutôt dark-wave). Je l’ai vue en concert à la Mécanique Ondulatoire (Paris) et c’était fou.
Alice : “Hypnagogia“ de Steve Amber. Je suis très touchée par cet album d’un groupe français indé, qui rappelle Radiohead, avec une production hyper soignée et des morceaux magnifiques, entre pop et rock. J’aime beaucoup aussi Dilly Dally, A Void, Kagoule et Skating Polly. Comme Lise, il y a peu de musique qui me convainc vraiment en ce moment, surtout dans le rock et rassemble ce que j’aime : être catchy, proposer des textes intéressants et habités, des progressions harmoniques savoureuses, n’être pas trop simpliste, pas trop savante non plus, pas trop de machines mais pourquoi pas un peu…

