Avec ce nouvel EP, Leonov (nom choisi en référence au premier cosmonaute – russe – ayant réalisé une série extra-véhiculaire dans l’espace, le 18 mars 1965) affine encore un peu plus sa formule, aux frontières d’un doom céleste et d’un post-metal en apesanteur. Musicalement, “Shape of Ash“ est un tournant dans la carrière du quintette norvégien. Pour la première fois, les instruments ont été enregistrés séparément, permettant à chacun d’entre-eux d’exister pleinement. Cette méthode donne une respiration particulière aux morceaux, un espace où la tension monte doucement, puis se relâche pour mieux repartir.
Sans pour autant étouffer la personnalité du groupe scandinave, certaines ombres malicieuses planent au-dessus de cet EP riche en sensations : celle de Chelsea Wolfe, de King Woman, ou encore celle de Cult Of Luna, mais sans le côté monolithique. Seulement quatre titres au compteur pour environ 24 minutes d’une musique fragile et lourde, comme enveloppée d’une matière noire épaisse, un sentiment renforcé par des guitares spectrales, des parties de drone presque en sourdine, une section rythmique poisseuse et la voix captivante de Tåran Reindal qui plane sur l’ensemble. L’indéniable force du groupe scandinave est de maîtriser l’art de suspendre le temps, entre moments d’accalmie aux allures de marche funèbre et déflagrations lumineuses tout en retenue.
Avec “Shape of Ash“, Leonov ne se contente pas de prolonger son identité sonore, il la transcende en accentuant les contrastes. Ce quatuor de morceaux aussi puissants qu’envoûtants pose les bases d’un futur album que l’on devine déjà magistral. Vivement la suite.

