Si les premières réalisations de Poison Ruïn s’appuyaient sur une allégorie médiévale de l’aliénation moderne, ce nouvel album élargit un peu plus l’approche artistique du groupe. Les figures de serfs et de paysans subsistent (d’où l’appellation dungeon punk pour classifier le style du quatuor de Philadelphie), mais sont ici comme des spectres noyés dans une fresque autrement plus vaste, presque mythologique, où le chaos social se mêle à une forme de mysticisme sombre.
Musicalement, le socle punk reste intact (parfois à la manière de Bad Religion sur les titres les plus enlevés), mais il est régulièrement traversé par des échappées inattendues, avec des montées post-punk évoquant les premiers pas discographiques de Killing Joke ou encore des nappes de synthés analogiques, qui ouvrent des brèches presque oniriques. On pense autant à la noirceur théâtrale de Scott Walker qu’aux textures éthérées de The Durutti Column. Un grand écart savamment maîtrisé par les protagonistes, qui donne à l’album une respiration nouvelle.
Enregistré toujours en mode DIY pour conserver cette rugosité essentielle et éviter toute aseptisation, mais cette fois-ci dans un cadre plus contrôlé que dans le passé (résultat : un meilleur son par rapport aux réalisations précédentes), “Hymns From The Hills“ a des allures de mue. Poison Ruïn y redéfinit ses propres règles, sans renier l’âpreté qui a fait sa singularité et prouve qu’il est encore possible de réinventer le punk sans le trahir.

