MONOLORD – Your Time To Shine – (Relapse Records)

Sans jamais renier ce qui fait sa force de frappe, à savoir cette production massive où la rythmique martèle avec une lenteur hypnotique, où les riffs s’étirent dans une épaisseur saturée et où la voix semble flotter comme un spectre à la surface du mix, Monolord continue d’affiner son identité sonore. L’ombre de Black Sabbath plane toujours, mais elle n’écrase plus. Elle sert désormais de socle à une écriture en constante mutation.

Avec “Your Time To Shine“, cinquième étape d’un parcours sans faux pas, le trio suédois replonge dans les abysses du doom, là où les vagues sont lourdes et les courants imprévisibles. Mais cette fois, quelque chose affleure à la surface. Une volonté d’aérer le propos, de fissurer le mur de Fuzz pour laisser passer la lumière.

Car si la saturation reste reine, omniprésente et enveloppante, Monolord joue désormais un peu plus sur les contrastes. Les morceaux comme The Weary ou I’ll Be Damned rappellent que les protagonistes maîtrisent à merveille les paramètres du poids et de la répétition. Mais ailleurs, le groupe ose ralentir autrement, respirer différemment. Les incursions en son clair, sur le morceau-titre ou The Siren Of Yersinia, ouvrent des brèches inattendues, injectant une mélancolie plus nue, presque fragile.

Ce jeu d’équilibre entre lourdeur et suspension donne à l’album une profondeur nouvelle. Moins monolithique qu’il n’y paraît, plus habité aussi. Et dans ce clair-obscur contrôlé de bout en bout, Monolord touche à quelque chose de rare : une forme de grâce au cœur même de la lenteur. Magique, oui, mais surtout essentiel.