THE UNDERTONES – Les rois du pop-punk

Dans l’Irlande du Nord en crise, The Undertones choisissent de chanter l’adolescence, l’amour et les filles plutôt que la politique, pour devenir l’un des groupes phares du pop-punk. Retour sur l’histoire légendaire de cinq adolescents de Derry.

À la fin des années 1970, alors que l’Irlande du Nord est déchirée par les divisions confessionnelles entre Républicains/Nationalistes (majoritairement catholiques) et Unionistes/Loyalistes (majoritairement protestants), et que le punk britannique crache sa colère dans les rues de Londres, cinq adolescents de Derry choisissent une autre voie. Point de slogans politiques ou de posture nihiliste à l’horizon, The Undertones chantent les filles, les frustrations adolescentes et les premiers émois amoureux sur des mélodies imparables. En quelques années, le quintette irlandais devient l’un des groupes les plus attachants de la scène pop-punk, laissant derrière lui une poignée de classiques, dont l’intemporel Teenage Kicks.

Derry, la jeunesse contre la grisaille
L’histoire commence en 1974 à Derry, ville marquée par les tensions politiques et religieuses. Les frères John et Damian O’Neill, guitaristes passionnés, montent un groupe avec le bassiste Michael Bradley, le batteur Billy Doherty et un jeune chanteur à la voix singulière en la personne de Feargal Sharkey.

Comme beaucoup de groupes de province, les débuts sont modestes. Le glam-rock et le garage nourrissent leurs premières compositions avant que l’explosion punk de 1976 n’offre à ces musiciens en herbe une autre direction. The Undertones adoptent l’énergie du mouvement, mais refusent ses codes les plus dogmatiques. Si les Sex Pistols provoquent et The Clash revendique, les cinq potes préfèrent raconter les maladresses de l’adolescence.

En 1978, ils enregistrent eux-mêmes Teenage Kicks. Le disque atterrit sur le bureau de John Peel, figure incontournable de la BBC. Le célèbre animateur tombe instantanément sous le charme du morceau, qu’il considère comme l’une des plus grandes chansons pop jamais écrites. Ou comment une formation locale devient un phénomène national.

Les cousins irlandais
Signés chez Sire Records, The Undertones enchaînent les succès. Leur premier album, sobrement baptisé “The Undertones“ (1979), regorge de pépites nerveuses et mélodiques. Jimmy Jimmy, Here Comes The Summer ou encore Get Over You transforment les préoccupations les plus ordinaires en hymnes générationnels avec une recette aussi simple que redoutablement efficace : des guitares tranchantes, des refrains immédiats et la voix haut perchée de Sharkey.

À contre-courant de l’époque, le groupe évite presque systématiquement les sujets politiques pourtant omniprésents dans sa région natale. Cette singularité lui permet de toucher un public bien plus large que celui du seul punk.

Les albums “Hypnotised“ (1980) et “Positive Touch“ (1981) témoignent d’une évolution vers une power-pop un brin plus sophistiquée. Les influences sixties, notamment celles des Beach Boys et des groupes garage américains, deviennent plus visibles. En 1983, “The Sin Of Pride“ pousse encore plus loin les expérimentations soul et rhythm’n’blues.

Mais les tensions internes grandissent. Feargal Sharkey souhaite explorer de nouveaux horizons musicaux, tandis que les autres membres entendent poursuivre l’aventure collective. La séparation est annoncée en 1983.

Séparations, retrouvailles et héritage
Après la fin du groupe, Feargal Sharkey entame une carrière solo couronnée de succès. En 1985, son tube A Good Heart (troisième single sous son nom), écrit par Maria McKee (chanteuse du groupe Lone Justice), atteint la première place des charts britanniques. Par la suite, il devient une personnalité influente de l’industrie musicale britannique avant de se consacrer notamment à la défense des rivières et de l’environnement au Royaume-Uni.

Les frères John et Damian O’Neill, Michael Bradley et Billy Doherty fondent quant à eux That Petrol Emotion avec le chanteur américain Steve Mack. Le groupe développe une approche plus ambitieuse et alternative, et sera essentiellement actif entre 1984 et 1994, avec cinq albums studio au compteur.

That Petrol Emotion – Big Decision (1987)

Pendant longtemps, The Undertones semblent appartenir au passé. Pourtant, en 1999, les quatre instrumentistes décident de reformer le groupe sans Sharkey. Le poste de chanteur est alors confié à Paul McLoone, animateur radio et musicien originaire de Derry. Contre toute attente, l’alchimie fonctionne. Les concerts se multiplient et deux nouveaux albums voient le jour : “Get What You Need“ (2003) et “Dig Yourself Deep“ (2007).

Aujourd’hui, The Undertones continuent d’apparaître ponctuellement sur scène, avec un répertoire devenu désormais incontournable. Leur influence a irrigué plusieurs décennies du vaste univers du rock, de la power-pop aux vagues successives du pop-punk. Mais leur véritable héritage dépasse clairement les genres.

Ce qui rend l’histoire de The Undertones unique, c’est sans doute ce refus constant de suivre les attentes. Nés dans une région en guerre, ils ont préféré chanter les émotions simples d’adolescents tourmentés plutôt que les affrontements. Et c’est sans nul doute cette innocence électrique qui continue, près d’un demi-siècle plus tard, de faire vibrer Teenage Kicks comme au premier jour.