Avec “Layla and Other Assorted Love Songs“, Derek And The Dominos signent bien plus qu’un simple album culte : c’est un véritable point de bascule dans la trajectoire d’Eric Clapton.
À cette époque, le guitariste se déleste de certaines certitudes, change de peau, et amorce surtout une relation qui marquera durablement l’histoire de la guitare électrique : sa rencontre avec la Stratocaster. Un double album dense, habité, dominé par un titre appelé à devenir mythique, Layla, dont les multiples incarnations, jusqu’à la fameuse version Unplugged, n’ont fait que renforcer la légende.
La guitare
Avant Blackie, il y eut Brownie. C’est avec cette Stratocaster de 1956 que Clapton enregistre l’essentiel de “Layla and Other Assorted Love Songs“, rompant avec ses habitudes Gibson qui avaient façonné ses années Cream et Blind Faith. Une rupture décisive, tant le son et le toucher de la Strat semblent ici libérer un jeu plus nerveux, plus direct, presque à vif.
Pour approcher le son de Layla, inutile de posséder une pièce de collection : toute Strat, originale ou non, fera parfaitement l’affaire. Le point clé réside ailleurs, et notamment dans le choix du micro. D’après les images live et les témoignages issus des sessions, Clapton aurait largement privilégié le micro central. Un choix surprenant pour certains, mais qui explique en grande partie ce grain à la fois précis, légèrement creusé et incroyablement expressif. L’occasion idéale de redécouvrir ce micro souvent sous-estimé, coincé entre le confort du manche et le mordant du chevalet.
Le son
L’autre pilier du son Layla, ce sont bien sûr les amplis Fender. Là encore, les versions divergent. On sait que Duane Allman a majoritairement enregistré avec un Fender Champ, qu’il aurait également prêté à Clapton durant les sessions. D’autres sources évoquent un Vibro-Champ Blackface, parfois couplé à un Princeton Reverb Blackface, avec une configuration radicale : volume et aigus à fond, basses au minimum.
Peu importe la combinaison exacte, toutes ces pistes mènent à la même vérité sonore : une Stratocaster branchée dans un ampli Fender, sans artifices inutiles. Que vous utilisiez un véritable combo vintage, un ampli moderne ou une modélisation fidèle (un ‘57 Champ est une excellente base), l’essentiel reste ailleurs. Le son de Layla se construit avant tout dans les doigts, dans l’attaque franche, le vibrato tendu et ce mélange de fougue et de retenue qui caractérise le jeu d’Eric Clapton durant cette période. Direct, organique, sans fioriture, exactement comme l’album en question.

