C’est une page de la vie musicale parisienne qui se tourne. Le rideau métallique du mythique magasin Paul Beuscher situé au 24 boulevard Beaumarchais, s’est définitivement baissé le soir du 7 novembre 2025. L’établissement, fondé en 1850, fêtait cette année ses 175 ans d’existence, un anniversaire qui se transforme en chant du cygne.
Dans un long message empreint d’émotion et publié sur la page Facebook du magasin, la direction a annoncé la nouvelle. En voici quelques extraits :
« Malgré tous les efforts, toute la motivation, les négociations, tous les changements – du plus minime au structurel – et l’ensemble du travail accompli par les équipes de Paul Beuscher ces dernières années, c’est avec une immense tristesse que nous vous annonçons la fermeture du magasin et du site le vendredi 7 novembre 2025, signant la fin d’une institution parisienne reconnue jusqu’outre atlantique qui vient de fêter ses 175 ans (…). »
« Merci aux (trop rares ?) fournisseurs qui auront su jouer le jeu de partenaire dans un secteur en crise où certains “pure players“ ont désormais trop de poids, depuis trop longtemps… affaiblissant chaque année de nombreux revendeurs par la loi du bas prix (…). »
La fin d’une histoire
Fondé par le luthier Hyppolyte Beuscher, dit Paul, le lieu a longtemps incarné un passage obligé pour les musiciens amateurs comme pour les plus grands noms de la chanson. Édith Piaf, Jimi Hendrix, Charles Aznavour, Prince, Nino Ferrer ou M (et bien d’autres encore) y ont un jour franchi le seuil, à la recherche d’un instrument, d’un accessoire, ou simplement d’un conseil. Le magasin revendiquait d’ailleurs fièrement une proximité avec ses clients : « 2025. C’est en moyenne le nombre de conseils que l’on donnait par mois », peut-on lire également dans le communiqué. Une façon de rappeler que la musique, ici, se vivait au contact humain, loin des algorithmes et des paniers virtuels.
Entre inflation des coûts, mutations du commerce en ligne et concurrence écrasante des plateformes internationales, Paul Beuscher n’a pas résisté. Sa disparition résonne comme un symbole : celui de la fragilité des commerces culturels indépendants, piliers d’un certain art de vivre musical aujourd’hui menacé. Cette fermeture laisse surtout un vide, celui d’un lieu où l’on entrait pour acheter une corde de guitare et d’où l’on ressortait souvent avec l’envie, plus forte encore, de faire de la musique.
Photo : © Paul Beuscher

