Si la quête du son parfait ou des productions chirurgicales est aujourd’hui monnaie courante dans l’univers du rock, Rubber Legs a choisi une autre voie, plus directe. Celle où l’énergie précède la démonstration, où les chansons vivent d’abord par leur capacité à provoquer un mouvement irrépressible des hanches et de la tête. Dès son premier album, le duo – composé de Fra (frontman des Burning Heads, ex-The Eternal Youth) et sa compagne Wareen – affirme une identité qui puise autant dans le groove anguleux de The B-52’s que dans le garage sulfureux de The Cramps, dont il adoucit les contours par une sensibilité plus pop, et un sens de la mélodie qui évoquent par instants la sensualité implacable de Boss Hog.
Ce qui frappe, au-delà de l’évidence des riffs et d’un attrait marqué pour l’underground des années 60 (orgue omniprésent à l’appui), c’est cette manière de faire sonner chaque morceau comme une prise capturée sur le vif. Rien n’y semble figé. Les guitares griffent l’espace, la rythmique louvoie au gré des ambiances et le chant, habilement partagé entre les deux protagonistes, oscille entre désinvolture et urgence permanente. Cette approche n’empêche jamais certains refrains de s’imprimer durablement dans la mémoire, preuve que Rubber Legs ne confond pas spontanéité et approximation.
Rien de révolutionnaire, certes, le présent disque n’ambitionne pas de redéfinir les codes du garage. Mais quand il est joué avec sincérité, le rock n’a pas forcément besoin de réinventer la roue à chaque fois, seulement de la faire tourner assez vite pour retrouver du rythme et un sentiment pugnace de liberté.

