Avec “Ant 1: The Scam of the Mystical Cicadas“, Mô’ti tëi ne se contente pas de confirmer les promesses de son premier disque. Il donne un léger coup de pied dans la fourmilière pour faire bouger les lignes. Là où “Well Dressed Exile: Second Humming“ (2021) esquissait encore les contours d’un univers en construction, ce second acte creuse plus profond.
Il y a dans les morceaux du présent long format une gravité nouvelle, une façon de laisser les ombres s’installer sans chercher à les dissiper. Les textes, d’une manière générale plus denses, sont traversés par les secousses du monde autant que par des fêlures plus intimes. Mais jamais l’album ne s’enlise. Une pulsation organique le maintient en mouvement, portée par des guitares souples et ondulantes, quelque part entre le groove nonchalant de Devendra Banhart et la profondeur mélodique de Ben Harper.
Enregistré dans les conditions incertaines d’une salle de spectacle de Rochefort-en-Terre, transformée pour l’occasion en studio éphémère, cette nouvelle réalisation de l’artiste breton a dû faire face à certains aléas du monde extérieur. Si l’acoustique naturelle du lieu donne clairement une belle ampleur au résultat final, quelques notoires imprévus (tempête historique, coupures d’électricité, marteaux-piqueurs voisins…) ont donné à cette aventure une indéniable dimension romanesque. Une aventure que Mô’ti tëi (Antoine Bencharif pour l’état civil) n’a pas traversé seul, du moins dans le sprint final. Désormais, le projet s’ouvre, respire autrement, gagne en épaisseur grâce à une dynamique collective qui nourrit les compositions sans diluer l’identité sonore de son auteur.
“Ant 1: The Scam of the Mystical Cicadas“ est un disque de passage, au sens le plus noble. Celui où l’on accepte de ne plus tout contrôler, de transformer le doute en moteur. Un album fragile mais affirmé, qui fait de Mô’ti tëi une voix à part dans le paysage musical de l’Hexagone, de celles qui avancent sans mode d’emploi prédéfini. Une belle définition de ce que peut être la folk à l’armoricaine.

