DEFTONES – Adidas Arena (Paris) – 29/01/2026

Jeudi 29 janvier 2926, l’Adidas Arena accueillait Deftones, première date de la tournée européenne du groupe, pour un concert qui s’annonçait comme un choc. Salle pleine, air saturé, tension électrique palpable : dès les premières minutes, il était clair que la soirée serait à marquer d’une pierre blanche.

L’entame avec Be Quiet and Drive (Far Away) agit comme un bouchon d’une bouteille de champagne trop chaude à son ouverture. La salle parisienne explose d’emblée. Le morceau s’étire, installe son malaise familier, avant que le set ne bascule dans un savant équilibre entre classiques massifs du groupe et titres issus de “Private Music“. My Mind Is A Mountain et Infinite Source s’insèrent sans forcer dans la setlist, preuve que Deftones n’est pas un groupe prisonnier de son héritage. Sur scène, Chino Moreno est tout sauf figé : nerveux, habité, parfois à la limite de la rupture, il traverse l’espace comme un corps sous tension permanente, porté par des visuels (images, bouts de courts-métrage) souvent abstraits, parfois oppressants, projetés sur un grand écran au fond de la scène.

Dans la fosse, ça tangue, ça chavire à l’unisson dans un océan de décibels. Et pas qu’un peu. Même si les fidèles du groupe depuis ses débuts sont présents en nombre, le public est étonnamment jeune dans sa globalité. Les générations se mélangent dans une masse dense, rassemblées sous une bannière commune, clairement conscientes d’assister à quelque chose qui dépasse la simple relecture de tubes. Digital Bath hypnotise, Diamond Eyes resserre l’étau, et Change (In The House Of Flies) impose un silence quasi religieux avant l’explosion, le tout baigné dans un éclairage rouge orangé aux allures de coucher de soleil californien. Deftones joue avec la dynamique, étire les respirations, puis écrase tout avec une lourdeur maîtrisée. Une véritable masterclass dans le genre. Et de se dire que Deftones est et restera une formation à part avec ce mélange tellement personnel de metal et de shoegaze.

Tout n’est certes pas parfait. L’acoustique de l’Adidas Arena trahit parfois le propos : un mixage un brin brouillon, une voix qui se perd de temps à autre, tout comme le son de la batterie, des basses pas toujours bien définies. Mais ces défauts participent presque à l’expérience. Deftones n’a jamais été un groupe clinique. Ce qui compte ici, c’est l’impact, la friction, et plus encore, l’émotion brute.

Alors que des étoiles brillent encore au fond de la scène et que les lumières des portables s’allument par centaines dans l’Adidas Arena, les protagonistes reviennent pour une dernière danse. Le rappel achève de mettre tout le monde d’accord, si besoin était. Cherry Waves remet doucement un coup de pression, My Own Summer (Shove It) déclenche le chaos attendu et 7 Words conclut une soirée riche en émotions dans un déferlement cathartique. Pas de posture, pas de regard en arrière appuyé. Juste un groupe qui, plus de 35 ans après ses débuts, continue de jouer comme s’il avait encore quelque chose à prouver. Le sourire de Chino Moreno lorsqu’il quitte la scène, heureux et conscient d’avoir partagé un tel moment, résumera parfaitement cet intense concert. Respect.

Photos : © Nicko Guihal

Setlist
Be Quiet and Drive (Far Away)  / locked club / ecdysis / Diamond Eyes / Rocket Skates / Digital Bath /souvenir / my mind is a mountain / Lhabia / Rosemary  /cut hands / infinite source / Sextape / Hole In The Earth / Change (In The House Of Flies) / Genesis / milk of the madonna
Rappel
Cherry Waves / My Own Summer (Shove It) / 7 Words