DEFTONES – Private Music – (Reprise Records/Warner)

Cinq ans après “Ohms“, une période marquée par l’éviction du bassiste Sergio Vega (Quicksand) et un Stephen Carpenter perdu dans des idéologies nébuleuses, on se demandait à quoi ce nouvel album allait pouvoir ressembler. Les deux excellents singles annonciateurs de la sortie de l’objet en avaient rassuré plus d’un (my mind is the mountain, milk of the madonna). Trente-sept ans d’activité, dix albums au compteur, et Deftones continue de magistralement défier le temps.

Avec “Private Music“, le groupe originaire de Sacramento réalise un disque qui condense tout ce qui fait sa singularité : riffs lourds d’une efficacité quasi clinique, atmosphères vaporeuses, batterie qui claque, et cette voix unique de Chino Moreno, capable de switcher en un instant du murmure au cri avec une intensité toujours aussi bluffante.

Si l’énergie brute des débuts peut parfois – et logiquement – sembler lointaine, c’est aussi parce que la force du quintette américain réside aujourd’hui autre part, à savoir dans la maîtrise des ambiances (quelques arrangements électro bien sentis à l’appui) et dans l’art de mélanger la puissance du metal et la fragilité aérienne du shoegaze. Une véritable leçon en la matière.

Savamment produit par Nick Raskulinecz (déjà aux manettes de “Diamond Eyes“ en 2010 et de l’énormissime “Koi No Yokan“ en 2012), “Private Music“ rappelle pourquoi Deftones est un groupe unique : les protagonistes ont inventé un langage qui leur appartient et, plus de trois décennies plus tard, ils continuent de l’affiner avec une impressionnante pertinence. Et qu’importe si ce dixième album studio ne contient pas spécialement (quoique) deux ou trois « gros » tubes. Deftones a élaboré avant tout un disque qui s’écoute d’une traite, sans chercher l’effet immédiat, mais en privilégiant l’impact global. Oui, il est possible de rester soi-même, tout en se réinventant. Et “Private Music“ en est une preuve implacable et définitive. La marque des grands groupes, assurément.