ZËRO – Never Ending Rodeo – (Ici d’ailleurs)

Six ans après “Ain’t That Mayhem“, Zëro réapparaît avec “Never Ending Rodeo“, un long format en clair-obscur, comme une route qui s’effiloche au crépuscule, où chaque virage semble cacher un mirage prêt à se dissoudre. Dès les premières minutes, le groupe rappelle qu’il n’a jamais eu vocation à entrer dans une quelconque tradition rock, seulement à la tordre, à la fissurer.

Post-rock à la sauce Mogwai ? Post-punk hypnotique ? Noise ambient ? Peu importe. Zëro déchire les étiquettes au fur et à mesure pour mieux s’affranchir d’une possible classification. Le quatuor lyonnais (dans lequel on retrouve des acteurs émérites du rock indé de l’Hexagone durant le siècle dernier : Deity Guns, Bästard, Narcophony, Condense, Le Peuple de l’Herbe) avance comme un funambule, chaque mesure semblant posée au bord du vide. Les morceaux n’explosent pas, ils pulsent, frémissent. Cette tension permanente porte le disque vers un état de transe, un point de bascule où le chaos reste en suspension.

On pense parfois à un phare, perdu dans une mer épaisse, qui balaie la nuit d’un faisceau livide. Une lumière régulière, mais jamais rassurante. “Never Ending Rodeo“ fonctionne ainsi, comme un mouvement hypnotique, une houle lente mais imprévisible, qui finit par absorber l’auditeur plutôt que de le guider.

Et quand les dernières notes de Custer retombent, rien ne ressemble à une conclusion. L’album laisse une impression tenace que quelque chose continue de vibrer, quelque part hors du champ. Un rodéo sans fin, pas pour le spectacle, mais pour l’abandon. Il ne reste qu’à relancer la machine, et replonger dans la brume.