Zatokrev a toujours été un groupe difficile à cerner. Trop lourd pour les amateurs de post-rock atmosphérique, trop aérien pour les puristes du post-metal, trop aventureux pour rester cantonné aux clichés inhérents au sludge. Depuis plus de vingt ans, les Bâlois naviguent dans les eaux troubles des genres précités, où la lourdeur se transforme en apesanteur et où la noirceur se mue en lumière. Avec “…Bring Mirrors To The Surface“, dix ans après leur dernier long format en date (“Silk Spiders Underwater“), ils livrent sans doute leur album le plus radical et le plus ambitieux. Un album qui demandera de la patience pour mieux comprendre son cheminement, mais qui, une fois apprivoisé, se révélera être un voyage aux multiples étapes jalonnées par la présence de nombreux invités, dont Manuel Gagneux, tête pensante de Zeal & Ardor.
Dès les premières minutes, on est happé dans une matière sonore dense et épaisse, où guitares abrasives et ambiances quasi fantomatiques se rendent coup pour coup. Les riffs se déploient par vagues successives, les voix – qu’elles soient hurlées, psalmodiées ou murmurées – se perdent dans les dédales de la Reverb, transformant l’ensemble en une expérience presque chamanique.
On pense parfois à Neurosis pour la densité émotionnelle, à Amenra pour la ferveur douloureuse, ou à Swans pour cette manière d’étirer certains plans jusqu’à l’obsession. Ici, la tension se construit patiemment, sans relâche, jusqu’à l’explosion… Ou pas. Mais Zatokrev reste définitivement Zatokrev, avec une personnalité qui lui est propre, le quatuor maîtrisant à merveille l’art de tordre le temps, sans forcément pousser le potard du volume jusqu’à onze ou abuser de la saturation.
“…Bring Mirrors To The Surface“ est loin d’être un album facile. À l’auditeur d’en trouver – après de nombreuses écoutes – les clefs et de comprendre au final que la musique peut être plus qu’un produit, mais qu’elle peut aussi devenir une sorte un rite. Une sacrée et intense expérience sonore des plus captivantes.

