“Rarities“ n’a rien d’un simple fond de tiroir dépoussiéré à la va-vite. Chez Spotlights, même les chutes ont du poids. Cette compilation est à aborder comme une radiographie brute du trio heavy shoegaze, une plongée dans les strates d’un son façonné lentement, dans la saturation, la répétition et l’introspection. L’album rassemble neuf titres, remasterisés pour l’occasion, qui couvrent plus de quinze ans de maturation sonore, des premières esquisses de 2009 aux formes pleinement assumées d’aujourd’hui.
L’ouverture avec 050809 (2009) pose immédiatement le décor. Première chanson écrite par Mario et Sarah Quintero, elle contient déjà tout ce qui fera l’ADN de Spotlights : une mélancolie épaisse, des guitares en suspension, et cette manière unique de faire cohabiter fragilité et écrasement. Souvenir flou des balbutiements du groupe aujourd’hui remis au goût du jour, le morceau est à la fois innocent et chargé d’une tension sourde, donnant à l’ensemble des allures de carnet intime habillé de distorsion.
Les titres issus des EP “Demonstration“ (2015) et “Spiders“ (2016) montrent une formation encore en train de chercher sa masse critique. Les riffs crépitent, le shoegaze se heurte à une lourdeur quasi doom, la rythmique oscille entre lente asphyxie et transe mécanique. A Box Of Talking Heads et She Spider capturent ce moment précis où Spotlights apprend à faire cohabiter impact et mélodie sans jamais lisser ses aspérités.
Avec les trois extraits de “Séance“ (EP sorti en 2023), le spectre sonore s’élargit. Les guitares se font plus mouvantes, les textures plus profondes, comme si les titres émergeaient d’un tunnel saturé de réverbération. C’est là que le groupe affine son équilibre précaire : le côté drone n’étouffe jamais complètement la clarté, la lumière perce toujours à travers la brume. Du pur bonheur dans le genre.
En se refermant sur Kiss The Ring, un titre de 2018 avec Allen Epley (chanteur/guitariste de Shiner) en renfort, “Rarities“ affirme son statut : ce n’est pas une compilation, mais un récit. Celui d’un groupe qui a patiemment sculpté son identité dans le bruit, jusqu’à transformer la lourdeur en langage émotionnel. Un disque d’archives destiné autant aux fidèles qu’à ceux prêts à s’immerger dans la densité singulière de Spotlights.

