SLEEP TOKEN – Even In Arcadia – (RCA/Sony Music)

Il est de ces groupes qui déchaînent les passions et entraînent automatiquement un flot de commentaires contrastés à chaque nouvelle sortie d’album. Après trois disques dont le contenu revisitait le post-metal et le metal alternatif, en y intégrant des ingrédients pop déjà fortement mis en avant, Sleep Token ose mettre les pieds dans le plat (ou en terrain glissant, suivant le point de vue qu’on décide d’adopter) avec son “Even In Arcadia“, plus mainstream que jamais.

Ah ça, il va en dérouter plus d’un ce satané album, et pour plus d’une raison. D’abord parce qu’il y va franco dans le côté R’n’B, trap et pop de la Force, en n’hésitant pas à utiliser des boucles appropriées et des choix de production en phase avec les styles abordés. Ensuite, parce que la voix, toujours aussi sublime de son leader Vessel, continue de délivrer des paroles entre désillusion et romantisme, qui vont toucher toute une génération. Enfin, parce que les guitares, toujours présentes et puissantes (entre metalcore et djent), font leur apparition à des moments bien précis, au risque d’en frustrer certains qui trouveront l’ensemble trop pop. Mais c’est justement là le coup de génie du combo.

Car Sleep Token est un groupe en phase avec son époque et sa nouvelle génération d’auditeurs et auditrices, nourrie aux plateformes de streaming, moins portée sur les artistes et leurs discographies détaillées, et plus tournée vers la dégustation de titres à la volée, de manière plus ou moins éparse. Un mode de consommation qui, à défaut d’aider à retenir les choses de manière précise, aide en revanche à écouter une palette de sons plus large en les picorant sans relâche. C’est ce même son ouvert sur plusieurs registres que la formation anglaise a réussi à synthétiser avec brio, certes en ayant recours à des recettes plus entendues chez The Weeknd que chez Napalm Death, mais qui à l’arrivée, donne lieu à un résultat unique, tellement plus fin et moins pompier que n’importe quel morceau d’Imagine Dragons. Sleep Token va faire chanter les foules, n’en déplaise à ceux qui cherchent encore où se trouve selon eux le vrai metal dans ce disque. Car il en abrite de grands moment, à l’image du final de l’incroyable Infinite Baths. Un véritable tour de force.