“Trippin’ On A Chinese Market“, troisième longue virée déglinguée de Skip Danko B-Movie Road Club, sent à plein nez la poussière du désert, le mezcal tiède et les amplis qui crachent encore du sable de Joshua Tree. Un album enregistré au mythique Rancho De La Luna avec Dave Catching dans les parages, forcément, ça laisse des traces.
Mais le plus frappant ici, ce n’est pas le côté carte postale du célèbre parc national américain situé dans le sud-est de la Californie. C’est cette manière de transformer un joyeux foutoir d’influences en trip halluciné et incroyablement vivant. Entre les guitares en roue libre, les répétitions kraut qui tournent comme un vieux moteur de combi Volkswagen et un parfum de rock psychédélique sous acide, Skip Danko construit un disque qui avance de travers, mais avance quand même. Et souvent très loin.
Spaceshrimps ouvre les hostilités comme une bande-son de film underground oublié dans un drive-in du Nevada. No Bum balance ensuite son groove sale et bringuebalant, pendant que Sixteen joue les mirages psychédéliques au bord de l’autoroute. Quant au morceau-titre, il résume parfaitement l’affaire : bancal, enfumé, hypnotique et totalement libre. On pense parfois aux Desert Sessions, à un groupe krautrock qui aurait passé trois jours sans dormir dans un motel de Tucson, ou encore aux injustement méconnus Italiens de Hijss dans cette manière irrévérencieuse de tordre les styles pour mieux les mélanger.
Le point fort de “Trippin’ On A Chinese Market“, c’est cette absence totale de calcul. Le disque préfère les accidents, les vibrations, les dégoulinades de feedback et les ambiances de lendemain impossible. Même l’apparition de Peter Buck sur Fear River Side, armé de son E-Bow pour l’occasion, ressemble davantage à une rencontre improvisée au comptoir d’un bar perdu qu’à un featuring soigneusement marketé.
Un album hors du temps, hors des règles aussi, et terriblement attachant. Comme un vieux road-movie projeté sur un drap froissé au milieu du désert.

