SHEEV – Ate’s Alchemist – (Ripple Music)

Avec ce second album, Sheev s’impose définitivement comme un nom à retenir dans les cercles mouvants du stoner et d’un rock progressif à forte tendance psyché. Car “Ate’s Alchemist“ est une œuvre dense et résolument tournée vers l’exploration. Méticuleuse aussi, dans son concept, imprégné de ténèbres mythologiques, qui s’inspire d’Ate, la déesse grecque de la malice semant la peur, l’illusion et l’anxiété dans l’esprit des mortels. Le disque suit son serviteur, l’Alchimiste, alors qu’il forge les démons qu’elle déchaîne sur l’humanité. De la crainte existentielle de la mortalité à la spirale infernale du chaos, chaque morceau sonde une facette différente de la folie. Pour autant, même avec une telle approche, Sheev ne cherche pas forcément à redonner vie à l’âge d’or des années 70, préférant tordre différents genres pour mieux se les approprier.

Entre les régulières vagues de Fuzz et les nappes de modulations diverses et variées, le quatuor berlinois dévoile des fragments mélodiques, se fend de motifs récurrents et de respirations perspicaces, jouant avec les structures sans jamais perdre le cap, le tout avec une production terriblement organique et cette sensation tenace de jams parfaitement contrôlées. On pense parfois à Tool, à Opeth, et même à King Buffalo pour une poignée d’ambiances lorgnant du côté du space-rock, sans que ces références viennent empiéter sur la personnalité déjà bien affirmée d’un groupe dont la maîtrise du dosage ne peut que forcer le respect.

“Ate’s Alchemist“ est un album de contraste et d’équilibre aux multiples paysages sonores, parfois arides, d’autres fois plus fastueux, dans lequel cohabite avec une impressionnante aisance la puissance du stoner avec l’élégance du rock progressif et la liberté du psyché. Une sacrée belle réussite dans le genre, qui nécessitera des écoutes répétées pour mieux découvrir ses nombreuses richesses et autres subtilités. On ne s’en plaindra pas, bien au contraire.