Cela fait maintenant 20 ans que Planning For Burial construit patiemment une discographie à part, loin des projecteurs et des formats en vigueur. Mené par Thom Wasluck, véritable artisan d’une mélancolie à fleur de peau totalement assumée, ce projet atypique est profondément ancré dans une philosophie DIY inébranlable, l’intéressé gérant seul chaque aspect, de l’enregistrement à la conception artistique, en passant par les concerts et autres tournées en solo. Difficile de faire plus personnel, mais c’est aussi ce qui fait le charme de Planning For Burial, tout comme ce mélange de shoegaze à l’ancienne, de passages drone plus ou moins bricolés et de slowcore sous Xanax. Basé à Wilkes-Barre, une ville de presque 45 000 d’habitants située dans le nord de la Pennsylvanie, Wasluck est le genre de bonhomme qu’on imagine aisément reclus dans sa chambre pour bâtir à la main une cathédrale de sons divers et variés, avec pour outils une conséquente collection de pédales, une guitare, quelques synthés bancals et une sincérité à toute épreuve.
C’est sans doute ainsi que “It’s Closeness, It’s Easy“ a été élaboré, un album pas forcément pour tout le monde, encore moins pour tous les jours, même si c’est peut-être le plus mélodique – et le plus accessible, toutes proportions gardées – que Planning For Burial ait réalisé jusqu’ici. Autant prévenir à l’avance, l’ambiance générale n’est pas sujet à la gaudriole, le thème principal du présent disque abordant essentiellement l’entrée dans la cinquantaine, déclinée sous différents angles : la perte déchirante d’un chat adoré de 17 ans, le deuil lent de voir ses amis s’autodétruire, le passage inéluctable du temps qui pèse sur les parents vieillissants et sur soi-même, l’attrait discret de l’addiction, des thèmes abordés qui collent à la musique de Planning For Burial comme de vieux souvenirs qu’on ne peut oublier.
On pourra toujours dire que “It’s Closeness, It’s Easy“ n’est pas parfait du début jusqu’à la fin, qu’importe. C’est d’abord – et surtout – un album profondément humain et sincère, qui donne une nouvelle fois l’occasion à Thom Wasluck de continuer à tracer sans compromis son chemin tortueux, accompagné des fantômes de Codeine et My Bloody Valentine, ou encore de Deftones pour les moments plus musclés. Notre homme est sans doute toujours aussi seul dans ce coin reculé de la Pennsylvanie, mais il n’a jamais sonné aussi juste.

