OREYEON – The Grotesque Within – (Heavy Psych Sounds)

Brut, massif, ce quatrième album d’Oreyeon semble vouloir rappeler d’où vient musicalement le groupe (doom lourd, stoner épais comme une chape de plomb), tout en poussant son propos vers des zones autrement plus dérangeantes. Là où les albums précédents de la formation italienne érigeaient des murailles de saturation, “The Grotesque Within“ – même si l’objet est toujours bien garni en Fuzz – préfère les fissurer pour y injecter un malaise rampant. Dès l’entame, ça cogne sévère : riffs pachydermiques, section rythmique qui écrase tout sur son passage, chant possédé. Oreyeon connaît ses classiques et les assume. Mais sous cette façade heavy se cache un disque plus narratif qu’il n’y paraît, construisant au fil des titres une descente lente et poisseuse.

L’influence de Thomas Ligotti n’a rien d’un gimmick. Comme chez l’auteur américain (spécialisé dans les livres d’épouvante et d’horreur philosophique), la réalité semble constamment au bord de la rupture. Les compositions avancent avec une lenteur calculée, distillant une tension froide, presque clinique. Les ambiances deviennent des labyrinthes, les structures moins évidentes, et cette noirceur diffuse finit par s’insinuer partout. Pour autant, Oreyeon ne sombre jamais dans l’expérimental gratuit. Derrière la noirceur, il y a une science du songwriting, avec de vrais refrains, certes peu nombreux mais marquants, des montées en puissance maîtrisées et un sens du groove qui maintient l’ensemble en équilibre, entre lourdeur et accroche immédiate.

Au final, “The Grotesque Within“ s’impose comme le disque le plus cohérent et le plus audacieux d’Oreyeon. Un album dense, sombre, exigeant, et surtout, profondément incarné.