Deux ans après “All Things Shining“, Oh Hiroshima revient avec “And The Dead Tree Gives No Shelter“, un album qui s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur tout en élargissant discrètement son horizon. Depuis plusieurs années, le duo suédois affine une formule où le post-rock se nourrit autant de la mélancolie du shoegaze que d’une écriture plus introspective, loin des codes les plus démonstratifs du genre. Ici, pas de déferlements artificiels ni de montées en puissance calibrées. Tout se joue dans le détail, dans la manière dont chaque couche sonore vient lentement recouvrir la précédente.
Inspiré par le long et épique poème The Waste Land de T.S. Eliot, le disque développe une atmosphère traversée par l’idée de déclin, symbolisée sur la pochette par cet arbre mort qui lui donne son titre. Une image forte, mais jamais écrasante, que le groupe préfère suggérer plutôt qu’illustrer frontalement. Dès Servant Of All en ouverture, les guitares dessinent des contours flous tandis que les voix semblent surgir d’un horizon lointain. La musique avance par mouvements successifs, avec une sérénité totalement maîtrisée qui flirte parfois avec l’hypnose.
“And The Dead Tree Gives No Shelter“ témoigne d’un réel travail sur les textures et les arrangements. Cordes, cuivres et piano enrichissent le spectre sonore du groupe sans détourner l’attention de l’essentiel. Chaque élément trouve naturellement sa place dans un ensemble cohérent, servi par une production ample mais jamais clinquante, précise mais jamais clinique, bien au contraire.
Ce qu’on retient avant toute chose du présent long format, c’est la capacité d’Oh Hiroshima à maintenir un équilibre permanent entre obscurité et apaisement. Les morceaux les plus mélancoliques, comme « Tree Of Life » ou « Ivory Tower », refusent de céder au fatalisme. Quelque chose continue de vibrer sous les cendres, comme une forme de résistance discrète.
Avec “And The Dead Tree Gives No Shelter“, sans bouleverser foncièrement les fondations de son univers, Oh Hiroshima réalise sans doute l’un de ses disques les plus aboutis. Un album qui avance à contre-courant d’un post-rock souvent tenté par la surenchère, et qui trouve définitivement sa force dans sa retenue. Assurément la meilleure réalisation du genre sortie en 2026.

