Si les racines sludge instrumentales de Modder restent parfaitement identifiables, avec leur lot de riffs massifs et de climats poisseux relevés par quelques touches de claviers aux accents quasi gothiques, le quintette belge voit nettement plus grand sur ce deuxième album. Avec “The Great Liberation Through Hearing“, les Belges repoussent les frontières de leur formule initiale et réalisent un disque de post-metal aussi ambitieux qu’impressionnant.
Loin de se contenter d’empiler les passages atmosphériques, Modder injecte dans ses six compositions une énergie et une variété qui font constamment décoller l’ensemble. Ici, une déferlante thrash, capable de rivaliser avec les références du genre, surgit avec une agressivité inattendue ; là, une boucle aux résonances ethno-jungle vient enrichir le paysage sonore avant qu’un final colossal ne fasse exploser les compteurs. Une conclusion épique qui rappelle autant l’audace des premiers Mastodon que la force évocatrice de Pelican à son meilleur niveau.
Mais la véritable réussite de “The Great Liberation Through Hearing“ réside dans sa gestion exemplaire des contrastes. Le groupe maîtrise parfaitement l’art de faire monter la pression, de ménager des respirations salvatrices, puis de frapper avec une puissance démultipliée. Jamais gratuit, jamais démonstratif, ce sens aigu de la dynamique donne à l’album une intensité rare et maintient l’auditeur sous tension du début à la fin.
Massif, inspiré et sacrément bien construit, “The Great Liberation Through Hearing“ marque une étape majeure dans la carrière de Modder. Un disque qui confirme tout le potentiel entrevu sur les premières sorties du groupe et qui le place désormais parmi les acteurs les plus crédibles et passionnants de la scène post-metal européenne.

