KYLE – Seize The Light – (Platinum Records)

Il y a des groupes qui choisissent de tourner la page quand vient l’heure d’arrêter. Kyle préfère en arracher quelques morceaux pour en écrire une nouvelle. Né des cendres de Sleeppers, formation bordelaise culte dont les secousses ont résonné dans le paysage hexagonal (du moins pour les initiés) jusqu’en 2019, le quatuor emmené par Laul et Fred Girard ne renie rien de son héritage, mais refuse d’en faire un refuge. Ce premier album avance avec la même urgence viscérale que les dernières productions de Sleeppers, tout en laissant entrer davantage d’air et de lumière.

La matière première reste familière : des guitares qui frottent jusqu’à l’étincelle, des rythmiques tendues comme des câbles d’acier et cette façon toute personnelle de faire cohabiter pression permanente et mélodies imparables. Pourtant, Kyle élargit nettement son horizon. Les éclats noisy qui faisaient la signature de Sleeppers croisent ici un post-hardcore nourri des années 90, mais sans jamais s’y enfermer. Les morceaux respirent davantage, osent des détours plus mélodiques, flirtent même par instants avec une sensibilité presque pop, tandis que quelques textures électroniques, discrètes mais parfaitement intégrées, enrichissent le relief sans jamais parasiter l’ensemble.

Si certains groupes issus de cette scène peuvent parfois se sentir prisonniers d’une quelconque intensité monolithique, Kyle préfère jouer sur les contrastes. La puissance ne disparaît jamais, elle change simplement de forme, alternant décharges abrasives et moments de suspension avec une remarquable fluidité. Cette capacité à éviter la démonstration de force permanente donne à l’album une profondeur supplémentaire et le rend encore plus captivant au fil des écoutes.

Avec “Seize The Light“, Kyle réalise un premier long format qui affiche déjà une identité forte. Les amateurs de Quicksand, Helmet ou Death From Above 1979 y retrouveront des repères rassurants, mais découvriront surtout un groupe qui semble avoir compris qu’une filiation n’a de valeur que lorsqu’elle sert à ouvrir de nouvelles portes plutôt que d’enfoncer les anciennes.