HAGGARD CAT – The Pain That Orbits Life – (Church Road Records)

Haggard Cat n’a jamais vraiment donné l’impression d’être un groupe capable de rentrer dans une case. Depuis leurs débuts discographiques en 2013, Matt Reynolds (guitare/chant) et Tom Marsh (batterie) trimballent ce mélange de noise décomplexée et de math-rock accidenté avec une énergie qui tient autant du défouloir que de la fuite en avant.

Avec “The Pain That Orbits Life“, le duo de Nottingham franchit un indéniable cap. Les six années qui séparent son dernier long format studio (“Common Sens Holiday“) du présent album ont manifestement permis au groupe de redéfinir les contours de son style. Si autrefois tout semblait prêt à imploser via une approche assez garage-punk question production, les tensions sont désormais canalisées avec une précision redoutable et l’ensemble se veut nettement plus ambitieux musicalement. Mais point de virage soft pour autant. Les riffs restent massifs et chaque titre semble avancer avec la sensation d’un accident imminent. Pourtant, derrière cette façade parfois brute de décoffrage (formule duo oblige), le disque traîne une mélancolie latente qui finit par contaminer l’ensemble.

I Hate It Here démarre les hostilités tambour battant, histoire de présenter sans ambages inutiles le millésime 2026. Et ça ne plaisante pas. Plus loin, Soar et Halcyon prouvent avec talent que les deux compères savent aussi écrire des titres immédiatement accrocheurs sans sacrifier la tension. Quelque part entre Mclusky et The Dillinger Escape Plan (voire At The Drive-In), Haggard Cat possède cette capacité rare à faire surgir des mélodies presque pop au milieu du fracas. Afterlove en est le parfait exemple, tout comme Apnoea, longue spirale sonore où le groupe laisse filtrer des éclats de beauté fragile sous des couches de guitares oppressantes et claustrophobes. On retiendra aussi Zion, immense final de plus de dix minutes, qui voient les Britanniques ralentir le tempo pour mieux laisser remonter toute la noirceur accumulée jusque-là. Un crescendo émotionnel sacrément impressionnant.

Une conclusion à la hauteur d’un disque instable, parfois inconfortable pour les oreilles non averties, mais profondément vivant, qui confirme définitivement Haggard Cat comme l’une des formations les plus passionnantes et imprévisibles de la scène alternative britannique actuelle.