CHAT PILE – Who Loves The Sun – ( The Flenser)

Chat Pile n’a jamais vraiment fait dans le tourisme musical de confort. Depuis “God’s Country“, le quatuor d’Oklahoma City transforme le bruit en matière organique, la dissonance en ligne de conduite et l’angoisse sociale en carburant. Avec “Who Loves The Sun“, sa troisième salve en long format, le groupe ne renonce évidemment pas à cette esthétique de l’écharde sous l’ongle, mais semble prendre un malin plaisir à brouiller les pistes. Moins englué dans le sludge que ses prédécesseurs, le disque ouvre davantage ses fenêtres sur un indie-rock volontairement déjanté, des mélodies tordues façon noise-rock et des arrangements qui préfèrent l’instabilité à la férocité frontale.

Mais ne nous y trompons pas, Chat Pile reste Chat Pile. Les guitares grincent comme des portes mal huilées, les rythmiques cognent de travers et la voix de Raygun Busch oscille entre plainte exténuée, hurlement viscéral et déclamation hallucinée. Simplement, le groupe apprend à faire circuler son malaise autrement, en laissant filtrer davantage d’espace, de groove et même quelques accroches presque séduisantes. Une manière de rendre le poison plus facile à avaler avant d’en révéler l’arrière-goût.

Car derrière cette relative ouverture sonore, “Who Loves The Sun“ demeure un disque profondément hanté par l’aliénation, l’apathie, la violence sociale et cette sensation poisseuse d’assister collectivement à l’effondrement sans parvenir à détourner les yeux. Chat Pile ne décrit pas la fin du monde, mais préfère mettre en exergue la banalisation de celle-ci. Et c’est sans doute là que son chaos devient politique. Un album moins immédiatement brutal, mais peut-être plus insidieux encore.