Si les Toulousains de Bruit ≤ ont choisi comme moyen d’expression un post-rock instrumental, ils n’ont pas pour autant omis l’aspect engagement en développant dans leurs réalisations des messages forts et politisés. Après avoir abordé le thème de l’écologie dans “The Machine is burning and now everyone knows it could happen again“, premier long format sorti en avril 2021, le quatuor se fend dans son nouvel album d’une réflexion philosophique, poétique et politique sur notre fascination insatiable pour la technologie, une dépendance de plus en plus aliénante. Une fascination que les protagonistes peuvent difficilement nier, puisqu’ils ont forcément fait appel à cette technologie pour mettre en boîte leurs morceaux. Un drôle de paradoxe dont les musiciens ont su jouer en enregistrant dans différents lieux, allant même jusqu’à élire domicile dans une ancienne église toulousaine, et en utilisant moult configurations : prises de son couchées sur bandes ou en mode live, avec un synthé modulaire ou un orgue vieux de 150 ans, un ensemble classique pour renforcer le versant cinématographique, sans oublier une vraisemblable conséquente collection de pédales d’effets et autres modèles disparates d’amplis.
Chez Bruit ≤, l’expérimentation est innée, parfois poussée à l’extrême (la fin bruitiste de Techoslavery / Vandalism, sans nul doute un des meilleurs morceaux de l’album), mais jamais gratuite. La formation toulousaine sait aussi donner dans le post-rock classique pour mieux lui tordre le cou (Ephemeral, The Intoxication Of Power et ses 13 minutes d’une lente montée, dont l’intensité envoûtante en fera frissonner plus d’un). “The Age Of Ephemerality“ n’est pas une œuvre forcément facile d’accès de prime abord avec ses contrepieds réguliers et ses zones de turbulences savamment placées. Apprenez tout simplement à l’apprivoiser, comme on peut le faire avec certaines technologies qui nous dépassent. Vous ne le regretterez pas et découvrirez assurément un bel et grand album.

