BLACKWATER HOLYLIGHT – Not Here Not Gone – (Suicide Squeeze)

En quittant Portland pour Los Angeles, Blackwater Holylight a troqué la mélancolie familière du nord-ouest Pacifique contre un terrain vierge, certes plus ensoleillé, mais sans repères ni filet de sécurité. Ce déracinement nourrit de bout en bout “Not Here Not Gone“, où chaque morceau semble hanté par la tension entre abandon et renaissance.

La force de Blackwater Holylight réside une nouvelle fois dans cette capacité à faire cohabiter menace et beauté, lourdeur et délicatesse. Nappes de guitares saturées, synthés discrets qui flottent comme une brume persistante, voix aériennes toujours aussi envoûtantes, presque spectrales : la formation américaine semble avoir ici atteint son point d’équilibre, tout en continuant d’explorer son territoire de prédilection, entre doom et shoegaze.

Enregistré au Sonic Ranch, près d’El Paso, sous la houlette de Sonny Diperri (DIIV, Protomartyr, Emma Ruth Rundle, The Devil Wears Prada…), ce quatrième album bénéficie d’un son ample et organique, qui laisse respirer chaque contraste. L’isolement du studio texan agit comme un révélateur : Blackwater Holylight y affine son style, pousse ses dynamiques et assume pleinement sa vulnérabilité. Résultat : un disque à la fois lourd et lumineux, qui laisse l’espace jouer un rôle aussi important que le volume.

“Not Here Not Gone“ capture Blackwater Holylight à un moment charnière de son parcours. Plus qu’une simple suite logique de la discographie du groupe, c’est un long format dense et immersif, qui s’écoute comme on traverse une zone d’ombre en sachant que la lumière, quelque part, n’est jamais très loin.