Dix albums au compteur et pourtant Big|Brave refuse toujours de se reposer sur ses acquis. Depuis ses débuts, le trio montréalais n’a cessé de déconstruire les codes du drone, de la noise, du post-metal et des musiques expérimentales pour façonner un univers qui n’appartient qu’à lui. Avec “in grief or in hope“, les Canadiens semblent franchir une nouvelle étape – déjà amorcée d’une certaine manière via le très cinématographique “OST“ (2025) – dans cette quête permanente de dépouillement et d’intensité. L’arrivée du bassiste Liam Andrews au sein du processus créatif renforce encore cette évolution. Les fréquences graves gagnent en ampleur, les guitares s’étirent jusqu’à l’abstraction et les morceaux semblent davantage naître d’une texture ou d’une vibration que d’un riff identifiable. Déstabilisant, mais sacrément envoûtant.
Ici, tout n’est que tension, résonance et mouvement. Les morceaux avancent comme des plaques tectoniques, lentement mais inexorablement, traversés de drones épais, de larsens plus ou moins contrôlés et de silences presque aussi éloquents que le bruit lui-même. Big|Brave ne cherche plus à composer des chansons au sens traditionnel du terme. Les protagonistes façonnent des paysages sonores vivants, mouvants, capables d’engloutir l’auditeur dans leurs profondeurs.
Mais derrière cette façade expérimentale se cache pourtant un disque profondément émotionnel. Robin Wattie (chant/guitare) y aborde le deuil, la perte, l’espoir et la mémoire avec une sincérité désarmante. Sa voix, toujours aussi habitée (on pense parfois à Björk ou à la PJ Harvey des débuts), apparaît comme un phare dans la brume, fragile mais déterminée, guidant l’auditeur au cœur de ces compositions monumentales. Des titres tels que what may be the kindest way to leave ou an uttering of antipathy illustrent parfaitement cette capacité unique à faire cohabiter une intensité contenue et une forme de recueillement quasi spirituel.
Album exigeant, “in grief or in hope“ n’est pas du genre à se livrer immédiatement. Il faut accepter de s’y abandonner, de se laisser happer par ses reliefs fluctueux et ses lenteurs calculées. L’expérience peut dérouter, mais elle s’avère d’une richesse rare. Big|Brave réalise ici l’un de ses disques les plus radicaux, un long format dense et immersif qui confirme son statut définitivement à part dans le paysage des musiques lourdes contemporaines.

