Depuis ses débuts discographiques en 2011, A Dog Called Ego construit patiemment sa carrière loin des projecteurs, avec une intégrité rare qui ne peut que forcer le respect. Douze ans après son dernier long format, une longue attente entrecoupée par un unique EP (2022), le quatuor allemand revient par la grande porte avec un “Paper Boat“ savamment nuancé, dans lequel l’équilibre entre émotions brutes et tensions sourdes est parfaitement respecté.
Plus sombre et d’une certaine manière plus dense que ses prédécesseurs, ce quatrième album mélange avec brio les envolées suspendues du shoegaze à une rage contenue héritée du grunge de Seattle, l’ensemble titillant même les atmosphères introspectives du post-rock sur quelques passages. À la manière d’Oceansize (formation culte qui officia durant la première décennie des années 2000), les guitares se font tantôt abrasives, tantôt éthérées, avec toujours comme fil d’Ariane ce sens aiguisé et terriblement efficace de la dynamique. Ici point de tubes en puissance. Pas de refrains évidents de prime abord, encore moins d’esbroufe de production. Mais un mix organique, une cohérence au final implacable et une immersion totale dans un joli tourbillon d’émotions diverses et variées, magistralement conclu par When All is Said And Done et sa longue montée en intensité. Avec “Paper Boat“, A Dog Called Ego réalise un album subtil et riche pour voyager loin, très loin même, avec pour carburant principal un spleen assumé, qui peut aussi se montrer impulsif. Un bateau en papier définitivement solide comme un roc.

