SHRINEBURNER – Hymns of Despair – (Autoproduction)

Chicago n’a jamais été avare en groupes capables de faire trembler les murs, mais Shrineburner possède ce petit supplément de vice qui transforme un simple mur de son en véritable expérience tellurique. Au travers de son premier long format, le trio américain déploie un peu plus de 45 minutes d’un sludge massif, poisseux et volontiers monumental, quelque part entre la puissance de High On Fire, les constructions plus alambiquées de Mastodon et cette science du riff lourd, hypnotique et atmosphérique que les injustement méconnus Danois de Dying Hydra maîtrisent si bien.

Pas question pour autant de jouer les bulldozers du début à la fin. Si les guitares accordées bas et la basse grondante constituent le socle de “Hymns of Despair“, Shrineburner sait aussi lever le pied, laisser respirer ses compositions et installer des climats presque contemplatifs avant de remettre les amplis à onze (le magnifique An Ocean of Broken Hope, qui avoisine les 13 minutes, en est assurément le parfait exemple). Les longues plages instrumentales renforcent cette impression de voyage dans un paysage désolé (Hymns of Despair), tandis que quelques accélérations et changements de dynamique dévoilent, derrière la chape sludge, un goût certain, mais discret, pour le metal à l’ancienne (Slow Death Chant), sans jamais tomber dans le pastiche, histoire de rappeler que les protagonistes savent aussi regarder au-delà de leurs bottes.

Sombre, épais et suffisamment nuancé pour éviter l’effet bloc de béton, “Hymns of Despair“ révèle surtout un groupe qui a déjà compris l’importance du contraste. Un premier effort aussi lourd qu’aéré, qui laisse entrevoir un bien joli – et solide – potentiel.